Spectrum de Montréal
Au coin de Sainte-Catherine et De Bleury, le Spectrum ouvre ses portes en 1982 et devient, en quelques mois, la maison du live montréalais : 1 200 spectateurs, une scène taillée pour les caméras et les festivals, et des centaines de concerts devenus mythiques. Fermé en 2007, l’édifice disparaît l’année suivante, laissant place au futur complexe Maestria.1,2,6,7
1. Présentation générale
Le Spectrum de Montréal s’impose dès le début des années 1980 comme une salle pivot de la scène musicale québécoise. À une époque où le Forum de Montréal et les arénas dominent les grands concerts, et où les clubs peinent à accueillir des productions de moyenne envergure, la salle de 1 200 places de la rue Sainte-Catherine offre une solution idéale : suffisamment grande pour les tournées internationales, mais assez intime pour conserver la proximité entre artistes et public.3,9
Jusqu’au milieu des années 1990, Montréal compte très peu d’espaces abordables, sans sièges, aptes à recevoir des captations de disques ou d’émissions de télévision et ouverts à l’ensemble des genres musicaux. C’est principalement au Spectrum que le public montréalais découvre pour la première fois une longue liste d’artistes : Les Rita Mitsouko, Niagara, Metallica (en première partie de W.A.S.P.), Beck, Renaud, Patrick Bruel, Dead Kennedys, Midnight Oil, R.E.M., New Order, Alain Bashung, Tracy Chapman, Stevie Ray Vaughan, Depeche Mode, Grandmaster Flash, Slayer et bien d’autres.1,2,4,20,27
Pour la chanson québécoise, la salle tient lieu de rite de passage : Richard Séguin, Michel Rivard, Paul Piché, Richard Desjardins, Laurence Jalbert, Éric Lapointe, La Bottine Souriante, Rock et Belles Oreilles ou encore Les Cowboys Fringants y enchaînent les spectacles à guichets fermés. Pour de nombreuses formations plus jeunes — de Groovy Aardvark à Kaïn et de Pierre Lapointe à Malajube —, y jouer signifie avoir atteint un premier niveau de consécration.1,4
La fonction de « salle-pivot » se cristallise avec les anniversaires : pour le 5e anniversaire (1987), La Presse parle déjà d’une « institution » — une petite entreprise d’environ 60 employés, modernisée grâce à un prêt de 250 000 $ de la SODIQ.27 Dix ans plus tard, le 15e anniversaire (1997) — raconté dans Le Soleil — chiffre déjà 3 500 spectacles et évoque une capacité pouvant atteindre 1 350 personnes selon les aménagements. André Ménard y insiste alors sur la vocation polyvalente de la salle (concerts, tournages télé, lancements, festivals) et sur l’idée qu’il faut « servir d’abord les artistes » et non gérer un bar-spectacle à la mode.20
« Nous ne gérons pas un bar avec de la musique, mais une véritable salle de spectacle. »
Le Spectrum est enfin un laboratoire où se croisent concerts ordinaires, captations télé, galas, vitrines de festivals et événements spéciaux. Au moment de sa fermeture en 2007, la salle est souvent décrite comme un « deuxième domicile » tant pour les musiciens que pour le public montréalais.1,5,21,22
2. Le site avant le Spectrum : Théâtre Alouette, Pigalle et cinéma Carrefour
Bien avant de devenir un club de rock puis une grande salle de spectacles, l’édifice situé au 318, rue Sainte-Catherine Ouest est conçu comme un cinéma moderne de langue française. Au début des années 1950, la chaîne Consolidated Theatres annonce la construction d’une nouvelle salle, l’Alouette Theatre, érigée au coin sud-est des rues Bleury et Sainte-Catherine. Les publicités parues dans La Presse et La Patrie évoquent une capacité d’environ 1 700 sièges et présentent l’établissement comme « le dernier cri en matière de confort et de technique », entièrement consacré aux meilleurs films parlants français. 8,9
Sur le plan juridique, l’exploitation repose sur la compagnie Alouette Theatre Limited, constituée par lettres patentes le 2 août 1950 en vertu de la Loi des compagnies de Québec. La Gazette officielle du Québec précise que la société dispose d’un capital autorisé de 3 000 actions et a pour objet l’exploitation de salles de théâtre et de cinéma. Un avis publié en 1960 signale le transfert du siège social de la compagnie, confirmant la continuité de ses activités au-delà de l’ouverture du cinéma. 23,24
L’Alouette ouvre officiellement ses portes le 7 mars 1952 lors d’un gala présidé par le maire Camilien Houde. La presse anglophone souligne qu’il s’agit de la « deuxième salle francophone en importance dans l’ouest de Montréal » et de l’une des plus modernes du pays. Dès le lendemain, le cinéma accueille le public avec une programmation de films français de première exclusivité, dont Retour à la vie de Jean Renoir, accompagné de courts métrages. 10,12,13,14,15
Plusieurs comptes rendus décrivent une architecture intérieure moderne et fonctionnelle. The Montreal Star note l’absence de balcon et de piliers, les 1 300 sièges (chiffre souvent cité dans la presse anglophone) étant tous situés au parterre, garantissant une visibilité optimale. Les journaux soulignent également une acoustique soignée et un décor mettant en valeur des motifs d’inspiration canadienne-française, notamment par l’usage du bois d’érable. 16
Le 23 décembre 1955, un important incendie ravage un pâté de maisons de la rue Sainte-Catherine, à l’angle de Bleury. La une du Devoir montre une marquise en flammes et rapporte que l’eau et la fumée endommagent gravement le théâtre Alouette ainsi que plusieurs commerces voisins, dont le Café Beaver et un comptoir United Cigar. 25
Durant les décennies 1950 et 1960, l’Alouette demeure l’une des principales vitrines du cinéma français à Montréal. Les horaires publiés dans Le Canada et La Presse mentionnent des projections continues de films récents tournés en France, de la matinée jusqu’en soirée. 11,12
Un changement d’identité survient toutefois au début de l’année 1974. Une publicité publiée dans La Presse du 9 janvier 1974 annonce explicitement « Le nouveau Pigalle, auparavant Alouette », marquant la première trace documentée du nom Pigalle pour cette salle. 52 Cette appellation est confirmée et reprise de manière récurrente dans la presse anglophone à partir de 1976, qui décrit le lieu comme le Pigalle cinema, formerly the Alouette.
En 1976, plusieurs articles de The Gazette et du Montreal Star situent clairement l’établissement dans une phase de transition : le Pigalle est alors identifié comme une salle francophone spécialisée, exploitée successivement par différentes chaînes, avant de devenir le cinéma Carrefour. Les critiques de films tels que L’Argent de poche de François Truffaut ou Cadavres exquis de Francesco Rosi rappellent explicitement cette filiation : « Carrefour cinema, previously known as the Pigalle, before that the Alouette ». 53,54,55
À la fin des années 1970, dans un contexte de mutation rapide de l’exploitation cinématographique et de concurrence accrue des multiplexes, l’avenir du Carrefour demeure incertain. L’édifice offre toutefois un volume intérieur exceptionnel et un emplacement stratégique au cœur du centre-ville. C’est ce potentiel qui sera exploité à partir de 1980, lorsque l’espace sera transformé en Club Montréal, avant de devenir le Spectrum de Montréal. 4
3. Le Casino gaspésien / El Casino et la « leçon » de Spectra Scene
Avant même la transformation du cinéma Carrefour en Club Montréal, en haut du lobby du cinéma et au dessus du restaurant Place des Arts, au 316, rue Sainte-Catherine Ouest, au coin de la rue Bleury, abrite un établissement à l’histoire déjà longue : ancien Café Beaver (années 1940–1960), devenu Casino de Paris (1963–1967), brièvement saloon Al Capone (1968), puis surtout le Casino Gaspésien, rebaptisé El Casino à la fin des années 1970. Situé au 2e étage, le Casino Gaspésien / El Casino se présente d’abord comme un cabaret populaire, puis comme un club de rock ambitieux, avant de se repositionner sur le jazz et le blues.25,30,37,40,43,44
Lorsqu’il ouvre en août 1968, le Casino Gaspésien se distingue par une particularité rare à Montréal : il s’agit d’un cabaret dont l’administration et le personnel sont entièrement originaires de la Gaspésie. Pour les Gaspésiens installés en ville, l’endroit devient un véritable lieu de retrouvailles, où l’on vient danser, festoyer et prendre des nouvelles du pays. Un journaliste résume l’atmosphère en parlant d’« une place bien à eux » où l’ambiance rappelle « presque la danse à Saint-Dilon ».30,32,33,34
Le propriétaire, Phil St-Onge — ex-lutteur surnommé « la Merveille masquée », originaire de la municipalité de Nouvelle en Gaspésie —, est secondé par Fernande Grenier, gérante venue de Saint-Godefroi. Quand les violons se font entendre et que la musique « prend le large », les pieds « frétillent comme des éperlans », et Fernande donne le ton : excellente gigueuse, elle dit connaître « 50 à 60 danses ». Tous les samedis soirs, autour de 250 Gaspésiens se rassemblent pour danser au son des carrés, des slows ou de la musique western. Loin d’être un « club de l’âge d’or », la clientèle compte majoritairement des 18–35 ans. Au menu, on sert de la morue et des petits poissons des chenaux frits, accompagnés de bière ou de spiritueux. Sur le fronton dominant la scène, une inscription résume l’esprit du lieu : « Ma belle Gaspésie », encadrée de peintures représentant des paysages gaspésiens.32,33,34
Au fil des années 1970, le cabaret tente de suivre l’évolution des goûts urbains. En novembre 1977, le Casino Gaspésien est rebaptisé El Casino et cherche à se repositionner comme club de rock. Le propriétaire Phil St-Onge, sensible aux changements mais peu familiarisé avec l’esthétique punk et new wave, s’allie à deux jeunes promoteurs, Paul Delaney et Daniel Mendreshora, qui souhaitent tirer profit de la vague du rock live. Pour inaugurer la nouvelle enseigne, ils font appel à un vieil ami, Michel Pagliaro, dont le rock à haute énergie ouvre officiellement l’ère El Casino ; la semaine suivante, la salle accueille déjà des groupes punks comme les Viletones, avec en première partie le groupe montréalais Danger.35,36,37
L’El Casino devient alors un club de rock ambitieux, bénéficiant d’une excellente acoustique, de plus de 400 places assises et d’un emplacement idéal au coin de Sainte-Catherine et De Bleury. L’endroit se taille rapidement une réputation contrastée : apprécié pour la qualité de la musique et de la vue sur la scène, mais aussi connu pour une certaine rugosité de sa clientèle.37
Au printemps 1978, la salle connaît une instabilité administrative marquée et passe de main en main : la presse mentionne une série d’exploitants — de Michel Pagliaro à Tony Roman, puis Claude Lusignan, jusqu’à Arthur Dolfen (également lié au Milord et au Maples Inn). Après avoir navigué entre rock, punk, rétro et jazz-rock, le club annonce « une nouvelle formule » qui dépasse le simple virage artistique : il s’agit d’un changement de modèle d’exploitation.3,37,38,45
Alain Simard et André Ménard (issus des productions Kosmos et BeauBeC, et qui reprendront parallèlement la programmation du Théâtre St-Denis) prennent en charge la salle comme producteurs de spectacles, tandis que Phil St-Onge conserve un rôle axé sur l’administration du bar. Les nouveaux responsables disent rechercher l’autonomie qui faisait défaut auparavant et mettent de l’avant des arguments très concrets : capacité jugée idéale, éclairage et son de qualité, absence de colonnes gênant la vue, et une scène réputée parmi les meilleures en ville. Les contrats déjà conclus seraient maintenus, et une « programmation équilibrée » (tous styles, tous publics) est annoncée sans être encore entièrement définie. 3,37,38,45
Une entente est alors mise en place : Alain Simard et André Ménard louent le El Casino six soirs par semaine, assument le risque financier de la programmation et encaissent les revenus de billetterie, tandis que St-Onge conserve l’exploitation du bar ainsi que la gestion du personnel. 3,37,38,45
« Phil avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles lorsqu’il s’amusait à m’impressionner avec ses histoires de blind pigs et de bordels, parce qu’il adorait se moquer de mon incrédulité. Il s’était même vanté, un soir, d’avoir été le garde du corps d’un chef de la mafia et d’avoir enterré avec lui des victimes de règlements de comptes. N’empêche qu’il contrôlait encore la plupart des machines distributrices de cigarettes des bars de Montréal et se disait très respecté dans le milieu. Même à 70 ans, il avait encore la carrure d’un lutteur et pouvait lancer un client récalcitrant en bas de l’escalier, comme j’en fus témoin le soir d’un spectacle de George Thorogood. Des Gaspésiens qui sortaient de prison venaient parfois le voir pour qu’il les aide. Il m’avait, un soir, montré son gros gun, caché dans le tiroir de son bureau, au cas où…»
Le chef d’orchestre montréalais Vic Vogel résume avec humour l’ambiance de l’époque : les clients de Phil « aimaient boire et ils aimaient se battre », au point qu’on pouvait compter « quatre à huit bagarres par soir », que St-Onge réglait lui-même. C’est pourtant au El Casino que Vogel remonte un big band après son retour d’Europe, attiré par la présence d’un piano à queue, rare dans ce type de club. Le lieu devient alors un « happening hebdomadaire » où défile le milieu du show-business montréalais. Vogel se souvient aussi d’un jeune chanteur obstiné, qui l’aborde régulièrement pour interpréter Georgia on My Mind avec son orchestre : Gerry Boulet, appelé à devenir l’une des premières mégastars du rock québécois.37
Malgré ces succès ponctuels, la situation financière devient de plus en plus précaire. Les artistes présumés rentables ne remplissent pas toujours la salle, certains ne se présentent pas, tandis que d’autres, qu’on n’aurait pas cru lucratifs, font couler la bière à flot. À la fin des années 1970, St-Onge accumule des dettes importantes, dont une partie liée aux investissements dans la scène et le système de sonorisation.37,39
Les tentatives d’ouverture au punk tournent parfois mal. Un concert des Stranglers se termine en chaos après l’évanouissement du batteur sur scène, tandis que le public lance des bouteilles de bière. Choqué d’apprendre qu’un musicien aurait craché sur sa clientèle, St-Onge décide de bannir les groupes punk du El Casino, allant jusqu’à annuler un concert prévu des Ramones. Par la suite, le club se tourne davantage vers le jazz et le blues, attirant des artistes comme Buddy Rich ou Luther Allison, mais se retrouvant alors en concurrence directe avec le Rising Sun, club voisin spécialisé dans les mêmes genres.36,37,40
Avant même la transformation du Carrefour en Club Montréal, le duo formé par Alain Simard et André Ménard a donc déjà pris pied dans l’édifice, mais à un tout autre niveau : la concession de programmation du El Casino, ce club de rock installé à l’étage au-dessus du cinéma.3 Sous la bannière Spectra Scene, ils y présentent des groupes locaux et étrangers, mais l’expérience se révèle économiquement désastreuse.
« Certains soirs nous perdions 3 000 $ alors que le propriétaire en gagnait 1 000 $ grâce au bar. »
Cette expérience est rétrospectivement analysée par Alain Simard et André Ménard comme une étape formatrice décisive. Elle met en évidence une faille structurelle : les risques artistiques et financiers sont assumés par les programmateurs, tandis que les profits du bar reviennent à un propriétaire distinct. Dans un bilan publié en janvier 1980, la presse évoque une perte de plus de 30 000 $ associée à l’exploitation du Casino, mais souligne surtout que cet échec a servi de leçon fondatrice. Selon Simard, l’expérience du Casino a été « difficile à encaisser sur le moment, mais finalement instructive et profitable » : elle conduit les producteurs à revoir leur modèle, à réduire leur volume de production et à chercher désormais à réunir sous une même entité la billetterie et l’exploitation du bar, en contrôlant l’ensemble du processus, de la programmation à la diffusion. Ce principe guidera directement la suite des événements, lorsque l’occasion se présentera d’acquérir le Club Montréal et de jeter les bases du Spectrum de Montréal. 3,38,51
À ces difficultés économiques s’ajoutent bientôt des tensions institutionnelles et syndicales qui aggravent la fragilité de l’El Casino. En 1978, plusieurs spectacles mettant en vedette des artistes américains — dont le Pat Metheny Group — sont annulés à la dernière minute, à la suite de l’intervention de la Guilde des musiciens (filiale canadienne de l’American Federation of Musicians, local 406), invoquant le droit de veto sur les permis de travail des musiciens étrangers. Ces décisions entraînent non seulement des pertes financières importantes, mais aussi le remboursement des billets, l’annulation de campagnes de promotion déjà payées et la mise à pied temporaire de personnel.56
Cette situation déclenche une vive réaction de la part des producteurs, qui dénoncent une application arbitraire du règlement syndical et soulignent que ces artistes — souvent invités pour des résidences limitées — ne menacent en rien l’emploi des musiciens locaux. Dans une lettre adressée au ministre fédéral du Travail, les pertes d’emplois et l’impact culturel négatif de ces annulations sont explicitement documentés. Le conflit contribuera, à terme, à la remise en question du pouvoir discrétionnaire du local 406 sur les permis de travail, et nourrira les débats qui mèneront plus tard à une injonction mettant fin à cette pratique.58,59
Malgré l’énergie déployée pour maintenir la programmation — jazz, rock, blues et musique émergente — l’El Casino demeure structurellement vulnérable. Le modèle économique, qui sépare encore les risques artistiques (assumés par les programmateurs) des revenus du bar (conservés par le propriétaire), empêche toute rentabilité durable. Du 21 mai au 3 juin 1979, après une année qualifiée rétrospectivement de « travail de damnés », un festival de clôture est organisé sous le titre explicite Adieu El Casino !, marquant la fin officielle de l’aventure.58
« Avant l’ultime dernier spectacle au El Casino, André Ménard avait déclaré sur scène, presque la larme à l’œil : “Toute l’énergie qui s’est développée ici n’est sûrement pas perdue pour l’avenir !” »
Après des mois de difficultés et plus de 50 000 $ de pertes annuelles, l’El Casino ferme ses portes. L’étage du 316, rue Sainte-Catherine Ouest ne disparaît toutefois pas de la carte : il retrouve temporairement son identité de Casino Gaspésien, puis devient La Cage, El Casino Gaspésien, le cabaret des Folies Bergères et enfin, au fil des années 1990, le Sterling Club, le Café des Arts, le Spectrum en haut, le Tropican ou le Cubano Club, avant la démolition du bâtiment en 2008. L’histoire du El Casino demeure cependant un maillon crucial pour comprendre la genèse du Spectrum de Montréal : c’est là que Simard et Ménard prennent conscience qu’une salle intermédiaire, bien située et techniquement équipée, doit réunir dans une seule structure ce que le El Casino séparait encore entre la scène et le bar.37,39,40,41,42,43,44
4. Le Club Montréal (1980–1981)
Le 2 juin 1980, le cinéma Carrefour est transformé en Club Montréal, décrit par la revue Québec Rock comme une « salle de cinéma convertie en club rock » possédant trois bars et une capacité d’environ 1 000 personnes debout (ou environ 550 assis).12 Un réseau d’une vingtaine de clubs est alors mis sur pied à travers le Canada et les États-Unis, la salle montréalaise devant en constituer l’un des pivots.12,13
La programmation du Club Montréal est confiée à John Thomas, avec l’appui de Michel Sabourin et de Rubin Fogel, figures bien connues du milieu du concert montréalais. Les pages de The Gazette annoncent tour à tour l’ouverture officielle de la salle, la venue de groupes rock et les premières impressions sur l’espace.13,14
BRYAN ADAMS, LOVERBOY, HUEY LEWIS & THE NEWS, PAT BENATAR, JOHN MELLENCAMP, PLASTIC BERTRAND, U2, SIMPLE MINDS, ADAM AND THE ANTS, OMD, ECHO & THE BUNNYMEN, THE JAM, PLASMATICS, STEEL PULSE, IRON MAIDEN, MOTÖRHEAD, THE CURE, BOW WOW WOW, DURAN DURAN, STRAY CATS, NINA HAGEN.
Parmi les concerts marquants des premières années, on relève notamment la venue du groupe britannique The Jam au printemps 1981, décrite par la critique comme une soirée à l’intensité presque suffocante, dans une salle bondée où les spectateurs sont serrés jusqu’aux portes.15 Les textes réunis dans la rubrique You Be The Critic de The Gazette donnent un aperçu nuancé de la réception de la clientèle : certains déplorent le prix élevé des consommations et l’obligation de boire, d’autres saluent au contraire l’acoustique et l’atmosphère, une ancienne serveuse allant jusqu’à qualifier le Club Montréal de « meilleur lieu d’Amérique du Nord pour les musiciens » en termes de traitement et de conditions de travail.16,17
Malgré ces qualités, l’entreprise ne parvient pas à atteindre une stabilité financière. Après environ 18 mois d’exploitation, le Club Montréal fait faillite, laissant le bâtiment à nouveau disponible. C’est cette faillite qui va ouvrir la porte à l’arrivée de Spectra, cette fois non plus comme simple programmateur, mais comme propriétaire-exploitant de la salle.3
5. Naissance du Spectrum (1982)
À la suite de la faillite du Club Montréal, Alain Simard et André Ménard obtiennent un financement d’environ 250 000 $ pour racheter la salle et la réaménager. Ils la rebaptisent Spectrum de Montréal, nom choisi en continuité avec leur société de production Spectra.3,27
« On avait déjà notre entreprise de production de spectacles qui s’appelait Spectra. Et on cherchait pour la salle un nom d’origine latine, qui ferait un peu cultivé, sans être “trendy”, prononçable à la fois en français et en anglais. On a brain-stormé et j’ai pensé à Spectrum. Seulement, il existait déjà un Spectrum à Philadelphie. Alors on a décidé de l’appeler Spectrum de Montréal. »
L’ouverture officielle du Spectrum est fixée au 17 octobre 1982, avec un concert de Public Image Limited (PIL), le groupe post-punk de John Lydon. Les pages de The Gazette annoncent l’événement quelques jours auparavant, situant d’emblée la salle dans un registre musical tourné vers l’actualité internationale et les courants alternatifs.8
La même semaine, la programmation du Spectrum enchaîne déjà quelques noms importants : Claude Dubois, la formation jazz-fusion Uzeb, les punks écossais The Exploited et Iggy Pop, qui viennent tester la nouvelle salle et confirmer son potentiel.3,9
Initialement, Claude Dubois devait inaugurer le Spectrum (ouverture annoncée le 15), mais son spectacle est reporté au 25 parce qu’il doit travailler avec de nouveaux musiciens (alors qu’Uzeb lance aussi sa propre série de concerts). Dans les faits, ce n’est donc pas Dubois qui ouvre la salle : l’inauguration officielle du Spectrum se fera plutôt avec Public Image Limited (PIL). 56
Dans les mois et les années qui suivent, l’enseigne lumineuse SPECTRUM s’impose au-dessus de la rue Sainte-Catherine comme un repère nocturne. Les photos d’époque, notamment celles montrant la marquise annonçant THE POLICE (tournée Synchronicity en 1983), témoignent de l’intégration rapide de la salle dans le circuit des tournées mondiales.18,20
6. Architecture, configuration et usages
Héritée de l’ancien cinéma, la salle du Spectrum se présente comme une boîte rectangulaire avec un plafond relativement élevé, un balcon à l’arrière et une scène profonde, adaptée au rock, au jazz et aux grandes formations. Dans ses souvenirs, Alain Simard évoque une réverbération naturelle « incontrôlable » dans la version cinéma, qui oblige l’équipe à repenser complètement le traitement acoustique.3
Des rideaux noirs sont ainsi installés sur les murs de plâtre pour casser les réflexions sonores et assombrir la salle, permettant une meilleure lisibilité des éclairages de scène. Un effet secondaire inattendu apparaît toutefois : lorsque les projecteurs s’éteignent entre deux chansons, la salle se retrouve plongée dans un noir complet, jugé insécurisant par certains spectateurs. L’équipe choisit alors d’ajouter de petites ampoules fixées aux murs, allumées dans ces intermèdes, afin de rassurer le public sans nuire au travail des éclairagistes.3
La capacité d’environ 1 200 personnes debout est régulièrement mentionnée dans la presse et les documents promotionnels, la salle pouvant être partiellement configurée en mode assis pour certaines prestations.3,9,20,27 Cette flexibilité contribue à faire du Spectrum un lieu de choix pour les artistes en tournée qui souhaitent éviter les grands amphithéâtres tout en bénéficiant d’une scène professionnelle et d’une sonorisation de qualité.
7. Programmation et artistes marquants
Dès ses premières années, le Spectrum se positionne comme une salle à la fois éclectique et exigeante. Les programmateurs y présentent du rock, du jazz, de la chanson, de la pop internationale, des spectacles d’humour et des événements spéciaux.
BÉRURIER NOIR, THE RAMONES, THE POLICE, PETER GABRIEL, TINA TURNER, INXS, MILES DAVIS, SONNY ROLLINS, MORCHEEBA, BEN HARPER, LIVING COLOUR, THE PIXIES, BILLY BRAGG, SUZANNE VEGA, JIMMY CLIFF, BURNING SPEAR, LOS LOBOS, YOUSSOU N’DOUR, GEORGE CLINTON, B.B. KING, JOHN LEE HOOKER, JOHNNY WINTER, WILSON PICKETT, FATS DOMINO, JAMES BROWN, THE B-52’S, THE EXPLOITED, MARIANNE FAITHFULL, THE BANGLES, PHISH, THE CHIEFTAINS, IGGY POP, MIDNIGHT OIL, PHILIP GLASS, NICK CAVE, THE JESUS AND MARY CHAIN, THE CULT, LOVE AND ROCKETS, THE STRANGLERS, HÜSKER DÜ, FUGAZI, D.R.I., PANTERA, SOUNDGARDEN, SUICIDAL TENDENCIES, JOE STRUMMER, SIOUXSIE AND THE BANSHEES, SOUL ASYLUM, THE BREEDERS, MOTÖRHEAD, METALLICA, ANTHRAX, SEPULTURA, DANZIG, THE CRAMPS, VIOLENT FEMMES, GARBAGE, ICE-T, KRS-ONE, BECK, CRADLE OF FILTH, NOFX, SMASHING PUMPKINS, NO DOUBT, WILCO, ALAIN BASHUNG, LES RITA MITSOUKO, NIAGARA, LES NÉGRESSES VERTES, JACQUES HIGELIN, JEAN-JACQUES GOLDMAN, entre autres.
Plusieurs sources montrent combien la salle est rapidement adoptée par la scène rock internationale. Des coupures de presse des années 1980, notamment dans The Gazette, annoncent successivement des tournées de groupes britanniques et américains qui choisissent le Spectrum pour leurs premières montréalaises, parfois dans le cadre de séries de clubs nord-américains.8,15,19,20
La tradition rock initiée au Club Montréal se poursuit donc au Spectrum, mais dans un cadre plus stable et mieux outillé. Des chroniques de la fin des années 1980 font par exemple état de concerts de Hüsker Dü (1987) ou de passages de groupes punk et hardcore, qui trouvent dans la salle un compromis judicieux entre l’énergie du club et l’ampleur scénique d’une grande salle.20
Du côté québécois, le Spectrum fonctionne comme une plate-forme de carrière. Des artistes comme Michel Rivard — qui s’y produira 54 fois —, Richard Séguin, Paul Piché, Richard Desjardins, Laurence Jalbert ou Éric Lapointe y enchaînent les représentations, parfois dans le cadre de tournées ou de soirées thématiques liées aux festivals.1,2,20,21
La nouvelle génération n’est pas en reste : de nombreux groupes émergents, de Groovy Aardvark à Malajube en passant par Kaïn et Pierre Lapointe, mentionnent le Spectrum comme un objectif à atteindre. Pour ces artistes, le passage par la salle représente une forme de validation symbolique, signe que la carrière a franchi un cap important.1,4
Parmi les moments marquants de la chanson québécoise, la critique Sylvain Cormier raconte, en octobre 1996, la « Grande Saloplumérie » de Plume Latraverse et des Parfaits Salauds, présentée au Spectrum comme une grande rentrée rock’n’roll après douze ans d’abstinence. Il décrit une soirée où la salle est entièrement acquise à Plume et où André Ménard, « habillé en garçon de café parisien », monte lui-même sur scène pour servir le cognac réclamé par le chanteur dans la chanson Rideau — image parfaite de la proximité entre l’artiste, le public et le lieu.29
— Un épisode plus houleux : « l’émeute du Spectrum » (Bérurier Noir)
Parmi les souvenirs plus tendus associés au Spectrum de Montréal, un épisode revient dans la presse rétrospective sur la scène alternative : le passage du groupe punk français BÉRURIER NOIR à la fin des années 1980. Dans une analyse consacrée à l’essor de l’underground québécois, La Presse évoque explicitement « l’émeute du Spectrum », présentée comme un débordement marquant et comme un symptôme du choc entre une contre-culture radicale et une grande salle déjà intégrée au circuit du showbiz. 57
8. Rôle culturel, festivals et captations
En parallèle à sa programmation régulière, le Spectrum joue un rôle central dans la structuration des grands événements montréalais. Il devient l’une des principales salles du Festival International de Jazz de Montréal, accueillant de nombreux concerts à guichets fermés, des soirées thématiques et des enregistrements live.3,4,20
De la même manière, le Spectrum est utilisé par les Francofolies de Montréal comme salle de référence pour les artistes francophones de moyenne capacité. Des captations télévisées, des enregistrements de disques en public et des émissions spéciales y sont réalisés, contribuant à diffuser largement l’image de la salle au-delà du seul public montréalais.1,5,21
Un article de La Presse publié durant le Festival de jazz 1998 illustre bien ce rôle de pivot : un concert des New York Voices, initialement prévu à l’extérieur, doit être rapatrié au Spectrum à cause de la pluie, où le groupe reprend des chansons de Paul Simon devant un public réchauffé par le confort de la salle. Le même jour, une autre chronique évoque une soirée spéciale intitulée « Spectrum Social Club » avec Compay Segundo, où la salle se transforme en club tropical intérieur pour un public dansant — nouvelle démonstration de la souplesse du lieu pour les besoins du festival.28
L’importance du Spectrum se mesure aussi au nombre de souvenirs médiatiques qui lui sont consacrés. À l’annonce de la fermeture, en 2007, plusieurs articles de La Presse et un reportage du Téléjournal de Radio-Canada reviennent sur la longue liste de concerts marquants, mais aussi sur le rôle de la salle comme lieu de travail pour les techniciens, les régisseurs, les preneurs de son et les équipes de tournée.1,2,5,18
Dans les pages du Devoir, le critique Sylvain Cormier décrit le Spectrum comme « notre maison mère à nous tous, fadas de musique », au moment où la salle s’apprête à disparaître. Un autre texte hommage publié le même jour compare le Spectrum au Fillmore de San Francisco et évoque un critique ayant consigné jusqu’à 567 visites dans la salle, allant de Procol Harum à Ben E. King. Ces chroniques contribuent à fixer durablement l’image du Spectrum comme maison de musique de plusieurs générations de mélomanes montréalais.21,22
9. Les artisans du Spectrum : André Ménard et Alain Simard
9.1 André Ménard, l’homme de la salle
Pour beaucoup d’artistes et de spectateurs, le Spectrum est indissociable de la silhouette d’André Ménard, programmateur et cofondateur de l’Équipe Spectra. Présent presque tous les soirs, il décrit volontiers la salle comme une sorte de « résidence secondaire », où il passe ses soirées à accueillir les groupes, vérifier les balances de son et circuler entre les coulisses et le plancher.20,27
Les témoignages de la presse soulignent sa proximité avec les artistes, qu’il s’agisse de jeunes groupes découvrant la salle ou de légendes établies. En 1987, alors que le Spectrum fête ses cinq ans, La Presse le présente comme le cœur battant du lieu : à force d’enchaîner les soirées, il en vient à connaître intimement les besoins des musiciens et des techniciens, adaptant la programmation à la fois aux contraintes techniques de la salle et aux rythmes de la vie culturelle montréalaise.27
Sa relation avec les artistes se manifeste parfois de manière très concrète. En 1996, lors de la Grande Saloplumérie de Plume Latraverse, le critique Sylvain Cormier raconte comment Ménard, habillé en garçon de café parisien, monte lui-même sur scène pour servir le cognac réclamé dans la chanson Rideau. Ce geste résume bien l’esprit du Spectrum : une salle où le patron n’hésite pas à se mêler au spectacle pour célébrer la complicité entre l’artiste, le lieu et le public.29
Dans les textes d’adieu publiés en 2007, Ménard apparaît à la fois comme témoin privilégié et gardien de la mémoire du Spectrum. Il évoque des milliers de concerts, des nuits d’été où le jazz déborde sur la rue, des hivers où la salle devient refuge contre le froid, et insiste sur l’idée que le Spectrum devait rester avant tout une « vraie salle de spectacle », et non un simple bar à la mode.20,21,22
9.2 Alain Simard, stratège, communes rock et bâtisseur de Spectra
Si André Ménard incarne le quotidien de la salle, Alain Simard en représente la dimension stratégique. Avant d’être identifié au Spectrum et aux grands festivals montréalais, il s’enracine d’abord dans l’underground rock québécois de la fin des années 1960 et du début des années 1970 : cafés étudiants, communes urbaines, production de concerts et gestion de groupes émergents.
Encore collégien, il fonde le café étudiant La Clef, qui devient rapidement un espace de diffusion « champ gauche ». Refusée par la Ville de Montréal pour l’obtention d’un permis de spectacles, La Clef se replie dans un immeuble décrépit de cinq étages du Vieux-Montréal, transformé en véritable commune artistique urbaine. Des groupes y butinent et y répètent, dont The Haunted (dont le guitariste Gary Marcus signe le bail parce que Simard est trop jeune), La famille Casgrain (embryon de Beau Dommage), Someone (groupe de Gilles Valiquette), ainsi que des formations comme Sex, Expedition ou Nécessité, où l’on retrouve des musiciens appelés à marquer la décennie (par exemple Serge Locat, futur membre d’Harmonium, ou Claude « Mégo » Lemay, futur directeur musical de Céline Dion). Le lieu sert aussi de crash pad pour voyageurs et bohèmes de passage, au prix d’anecdotes parfois loufoques qui illustrent le climat de liberté et d’improvisation de l’époque.
Chassée symboliquement par les autorités et fragilisée par la crise d’Octobre 1970, l’aventure de La Clef se poursuit un temps à l’Île-des-Moulins, à Terrebonne, avant de s’éteindre. Simard s’installe ensuite en commune avec le groupe Nécessité, dont il devient le gérant, et entre au service culturel de l’Université de Montréal, où il obtient l’exclusivité des spectacles anglophones au CEPSUM. La patinoire du centre sportif se transforme alors en terrain de jeu idéal pour l’accueil de grands groupes rock.
C’est dans ce contexte que se produit un moment charnière : la collaboration avec le collectif de production Kosmos, basé à Saint-Isidore en Beauce. En novembre 1971, Kosmos produit les deux premiers concerts de Pink Floyd au Québec et propose à Simard de coproduire la portion montréalaise au CEPSUM. La salle est remplie à craquer et devient, le temps de ces soirées, un temple du rock progressif, où le public assis par terre sur la glace écoute la musique dans un nuage de fumée, sous la surveillance bon enfant de l’équipe de football universitaire. Cette collaboration fait de Simard le relais montréalais de Kosmos, qui amène ensuite au Québec des groupes comme Genesis et Gentle Giant, contribuant à nourrir la passion locale pour le rock progressif.
Parallèlement à cette aventure, la production de spectacles s’élargit : Simard obtient l’exclusivité des concerts anglophones à l’Outremont, puis au cinéma St-Denis — appelé à devenir le théâtre St-Denis — ainsi qu’au El Casino, au-dessus du futur Spectrum. Dans ce réseau de salles, il commence à programmer non seulement le rock et le blues, mais aussi des artistes de jazz (par exemple Dave Brubeck, Chick Corea) ou de blues et de folk (parmi lesquels John Lee Hooker, le duo Sonny Terry & Brownie McGhee ou encore Weather Report), prolongeant l’effervescence amorcée avec Kosmos et le Jazz libre du Québec.
Au tournant des années 1970–1980, cette expérience se cristallise dans la création de la société Spectra Scene, qui produit des concerts, organise des tournées, lance un label de disques et met progressivement sur pied le Festival International de Jazz de Montréal puis les Francofolies de Montréal.5,6 C’est à la faveur de ces activités que Simard et Ménard obtiennent la programmation du El Casino au-dessus du cinéma Carrefour, puis prennent la décision cruciale d’acheter le Club Montréal au moment de sa faillite. Simard insiste sur la nécessité de réunir dans une même structure l’exploitation du bar et la billetterie afin de garantir la viabilité financière de la salle : une « leçon » tirée des pertes subies au El Casino, où les programmateurs pouvaient perdre des milliers de dollars pendant que le propriétaire encaissait les profits du comptoir.3
Le choix du nom Spectrum de Montréal illustre également sa manière de penser le projet sur le long terme. Partant de la marque Spectra, déjà associée à la production de concerts, il cherche un nom à la fois latin, cultivé et bilingue, prononçable en français comme en anglais, qui évoque la diversité du « spectre » musical. La nuance « de Montréal » est ajoutée pour éviter la confusion avec une aréna américaine déjà baptisée Spectrum, tout en ancrant la salle dans son territoire urbain.3
À travers le Spectrum, Simard articule une vision plus large : doter Montréal d’un réseau cohérent de salles et d’événements capables d’accueillir aussi bien les artistes émergents que les grandes vedettes internationales. Les textes de la fin des années 1990 et de 2007 montrent comment cette stratégie se prolonge dans la création d’autres lieux (Métropolis, Club Soda) et dans le développement du Quartier des spectacles, où le vide laissé par le Spectrum continuera de hanter les débats sur l’équilibre entre mémoire culturelle et projets immobiliers.4,6,20,22
9.3. Daniel Harvey — l’homme des captations et du monde (Spectel-Vidéo)
Troisième associé historique du Spectrum aux côtés d’Alain Simard et André Ménard, Daniel Harvey incarne la dimension technique et commerciale de la salle. Dès l’ouverture en 1982, il supervise l’axe stratégique qui fait du Spectrum une salle polyvalente équipée pour l’enregistrement de spectacles télévisés, projet sans équivalent à Montréal.
Directeur de Spectel-Vidéo, principal outil de production du groupe Spectra au tournant des années 1980, Harvey défend la captation des shows comme un modèle d’exportation culturelle. Il affirme que les spectacles filmés au Spectrum ont été vendus jusqu’en Europe et en Australie, fournissant à la salle une réputation internationale que peu d’opérations promotionnelles auraient pu construire.
Son rôle permet d’établir le Spectrum comme studio d’enregistrement live — une option qui rend possible, quelques années plus tard, l’enregistrement d’artistes comme The Police ou Plume Latraverse. L’apport de Harvey complète ainsi le duo Simard-Ménard : vision économique globale (Simard), programmation et âme de la salle (Ménard), diffusion et captation (Harvey).46
9.4. Serge Grimaux — direction générale et billetterie (1982–1987)
Figure moins médiatisée que le duo Simard–Ménard, Serge Grimaux occupe pourtant une fonction essentielle dans les cinq premières années du Spectrum de Montréal. Originaire de Chicoutimi, il devient dès l’ouverture en 1982 le premier directeur général de la salle, chargé du fonctionnement quotidien, de la gestion du personnel et du lien opérationnel entre la programmation et les partenaires externes. 4749
Une coupure de presse anglophone confirme explicitement cette fonction, mentionnant : « Serge Grimaux, the general manager of the Spectrum », dans un article relatif à son mariage avec Debra Rathwell, vice-présidente de Donald K. Donald Productions. 47
Grimaux agit également comme pivot administratif dans l’écosystème de Spectra, opérant entre la salle, l’ADISQ, les bailleurs de services et les partenaires techniques. Une autre source l’identifie aux côtés d’Alain Simard et de Daniel Harvey au sein de l’administration de l’ADISQ — attestant son poids institutionnel à l’époque. 48
Après 1987, Grimaux quitte définitivement le Spectrum et entame une carrière comme producteur chez Donald K. Donald, avant sa trajectoire internationale.
10. Fermeture, démolition et projets immobiliers
En 2007, après vingt-cinq années d’activité, le bail emphytéotique qui lie Spectra à l’édifice du 318, rue Sainte-Catherine Ouest arrive à échéance. L’immeuble, construit à l’origine comme salle de cinéma, nécessite des rénovations majeures, tandis que la société immobilière SIDEV, propriétaire du terrain, souhaite y construire un immeuble à vocation commerciale et résidentielle.18,19
La décision est prise de mettre fin aux activités du Spectrum. Un dernier spectacle, présenté le 5 août 2007 dans le cadre des Francofolies, est confié à Michel Rivard, qui connaît intimement la salle. Les reportages de La Presse et de Radio-Canada décrivent une soirée chargée d’émotion, où le public, les employés et les musiciens « portent le deuil » d’un lieu qui aura marqué plusieurs générations.1,2,5,18,21
La démolition du Spectrum a lieu en novembre 2008. Les projets immobiliers se heurtent toutefois à la crise financière, et le terrain demeure en friche pendant plusieurs années. Au début des années 2010, un projet de tours mixtes porté par le Fonds de solidarité FTQ est évoqué mais ne se concrétise pas.19
Un nouveau tournant survient vers 2018 avec l’annonce de Maestria, un complexe de tours résidentielles et commerciales présenté comme un projet phare du Quartier des spectacles. Dans les débats publics et les articles de presse consacrés à ce chantier, le nom du Spectrum revient fréquemment comme symbole des tensions entre mémoire culturelle et développement immobilier au centre-ville de Montréal.19,22
11. Notes & sources
-
LA PRESSE, 4 août 2007, cahier Arts — article
« À guichets vraiment fermés ».
Usage MCPA : datation du dernier week-end d’activités du Spectrum, description de la capacité (≈1 200 personnes), rappel de l’ouverture en 1982 et de la place de la salle dans la vie culturelle montréalaise. -
LA PRESSE, 7 août 2007 — article
« Le rideau tombe une dernière fois ».
Usage MCPA : compte rendu de la soirée d’adieu du 5 août 2007 avec Michel Rivard, mention de ses 54 apparitions au Spectrum, rappel des raisons de la fermeture (fin de bail, vétusté de l’édifice). -
LA PRESSE, 11 octobre 1997 — dossier
« Le Spectrum entre dans l’adolescence ».
Usage MCPA : entretiens avec Alain Simard et André Ménard sur l’histoire du Spectrum ; rappel du passage par le El Casino, mention de la perte de 3 000 $ certaines soirées alors que le propriétaire du bar gagnait 1 000 $, décision d’acheter la salle, description du rôle de Spectra comme producteur-exploitant, détails sur la réverbération, l’ajout des rideaux noirs et des petites lumières. -
QUÉBEC ROCK, juin 1980, p. 23 — André Paquette,
« Une salle de cinéma convertie en club rock ».
Usage MCPA : description détaillée du Club Montréal : conversion de l’ancien cinéma Carrefour, capacité d’environ 1 000 personnes, trois bars totalisant 260 pieds de comptoirs, intégration à un réseau de 25 clubs au Canada et aux États-Unis, programmation assurée par John Thomas, assisté de Michel Sabourin et Rubin Fogel, mention de concerts (The Pumps, Shawn Phillips, The Selecter, Crystal Ship, Roy Buchanan). -
THE GAZETTE, 24 avril 1982, p. 38 — John Griffin,
« St. Denis named site for jazz festival ».
Usage MCPA : annonce du Festival international de jazz de Montréal 1982 sur la rue Saint-Denis, description de la société Spectra Scene Ltd. (organisation du festival, création d’un label de disques, concours jazz), mention de la filiale vidéo Spectel-Video, annonce de l’achat du rock club Le Club Montréal par Spectra Scene. -
THE GAZETTE, 11 janvier 1980, p. 42 — article
« Simard sets sights on the Forum for francophone group ».
Usage MCPA : portrait d’Alain Simard comme imprésario : présentation de Spectra Scene (francophone alternative aux promoteurs anglo-saxons), liste des activités de la compagnie (Offenbach au Forum, tournées, concerts de Peter Tosh, Keith Jarrett, Tom Waits, etc.), chiffre d’affaires annuel dépassant le million de dollars, mention des projets vidéo. -
THE GAZETTE, 4 décembre 1981, rubrique « Letters to the editor »
— lettre de Gary Taninbaum, « Le Club leaves visitor angry ».
Usage MCPA : témoignage d’un visiteur décrivant les pratiques du Club Montréal (vestiaire obligatoire, consommation forcée, pression pour acheter des boissons, prix élevés) et exprimant sa satisfaction à l’annonce de la fermeture de la salle. -
LA PATRIE, 2 mars 1952, édition finale — article
« Ouverture du cinéma Alouette de la Consolidated Theatres le 6 mars prochain à Montréal ».
Usage MCPA : annonce de l’ouverture du cinéma Alouette sur la rue Sainte-Catherine Ouest près de Bleury, mention d’une capacité d’environ 1 700 sièges, intégration à la chaîne Consolidated Theatres, description de la salle comme « dernier cri » en matière de confort et de technique, spécialisation dans les films français. -
LA PRESSE, 29 février 1952, p. 16 — grande publicité
« Grande ouverture vendredi 7 mars — Nous inaugurons le nouveau cinéma français de distinction
L’Alouette ».
Usage MCPA : confirmation de la date d’ouverture, localisation à l’angle Sainte-Catherine et Bleury, slogans (« les meilleurs films parlants français », sièges confortables, climatisation, innovations techniques). -
MONTRÉAL-MATIN, 7 mars 1952, p. 16 — article
« Ouverture aujourd’hui du nouveau théâtre Alouette ».
Usage MCPA : rappel de l’ouverture officielle, description de la politique de films français exclusifs, mention de la première Retour à la vie avec Louis Jouvet. -
LE CANADA, 4 mars 1952, p. 5 — article
« “Retour à la vie” inaugurera le théâtre Alouette ».
Usage MCPA : annonce de l’ouverture du théâtre Alouette, description de la salle comme « dernier cri en fait de théâtre moderne », spécialisation dans les films français de grande qualité, horaires de représentation (10 h–23 h). -
LE CANADA, 8 mars 1952, p. 5 — article
« Le film “Retour à la vie” inaugure le cinéma Alouette ».
Usage MCPA : compte rendu critique du film et de la soirée d’inauguration, présence de Camilien Houde, des dirigeants de Consolidated Theatres et de personnalités du milieu du cinéma. -
THE MONTREAL STAR, 4 mars 1952, p. 8 —
« Alouette Theatre To Open Friday ».
Usage MCPA : mention du Alouette Theatre comme nouvelle salle de cinéma située à l’angle Sainte-Catherine Ouest et Bleury : ouverture le vendredi matin à 10 h, projection de films français, rappel de la modernité de la construction (absence de balcon et de piliers). -
THE GAZETTE, 6 mars 1952, p. 19 — brève
« Alouette Theatre ».
Usage MCPA : annonce de l’ouverture officielle du nouveau cinéma Alouette par Consolidated Theatres, capacité de 1 300 sièges, présentation du film Retour à la vie. -
THE GAZETTE, 7 mars 1952, p. 13 — article
« Alouette Theatre Has Big Opening ».
Usage MCPA : compte rendu de l’inauguration officielle en présence de Camilien Houde et d’invités distingués, projection de trois films, description de l’Alouette comme l’un des cinémas les plus modernes du Canada, qualité de l’acoustique. -
THE MONTREAL STAR, 8 mars 1952, p. 18 — article
« New Theatre Opens Doors — Simplicity of Design Feature of Alouette ».
Usage MCPA : description détaillée de la salle : absence de balcon, tous les sièges au rez-de-chaussée, aucune colonne, décoration sobre mais luxueuse, influence canadienne-française dans le choix des matériaux, acoustique jugée parfaite. -
LE DEVOIR, 16 septembre 1980, p. 10 — Nathalie Petrowski,
« Le retour des salles parallèles ».
Usage MCPA : article sur la résurgence des petites salles de spectacle à Montréal, mention de la fermeture du Pretzel Enchaîné et du Club Montréal, analyse du manque temporaire de lieux intermédiaires avant l’apparition de nouvelles salles. -
RADIO-CANADA, 17 octobre 2017 — reportage télé
« Vie et mort du Spectrum » (émission d’archives).
Usage MCPA : synthèse historique du Spectrum, images de la marquise et de l’intérieur, extraits d’entrevues avec des artistes et des responsables de Spectra, rappel de la fermeture et de la démolition. -
WIKIPÉDIA, article « Spectrum de Montréal » (consulté).
Usage MCPA : confirmation des dates d’ouverture (1982) et de fermeture (2007), mention de la démolition en 2008, rappel des projets immobiliers ultérieurs, dont le complexe Maestria, et liste d’artistes ayant joué au Spectrum. -
LE SOLEIL (Québec), 7 octobre 1997, cahier C — Josée Lapointe,
« Le mythe du Spectrum ».
Usage MCPA : bilan du 15e anniversaire du Spectrum : mention d’une capacité pouvant atteindre environ 1 350 personnes, estimation de plus de 3 500 spectacles présentés depuis 1982, liste d’artistes francophones et internationaux, rappel du rôle de la salle dans les festivals et dans la scène montréalaise. -
LE DEVOIR, 4 août 2007, cahier E — Sylvain Cormier,
« On va détruire ma maison de musique ».
Usage MCPA : chronique publiée à la veille du spectacle d’adieu du Spectrum : description du lieu comme « ma maison de musique » et « notre maison mère à nous tous, fadas de musique », témoignage de l’attachement affectif des spectateurs au lieu, rappel de la fermeture imminente. -
LE DEVOIR, 4 août 2007, cahier E — chronique
« Spectrum ».
Usage MCPA : texte-hommage qui compare le Spectrum au Fillmore de San Francisco, rappelle des prestations marquantes (The Police, Procol Harum, Ginette Reno, Ben E. King, etc.) et mentionne un critique ayant consigné 567 visites au Spectrum, indice de la fréquentation assidue du lieu. -
GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 30 septembre 1950, tome 82, no 39,
section « Lettres patentes » — entrée « Alouette Theatre Limited ».
Usage MCPA : établissement juridique de la compagnie Alouette Theatre Limited, datée du 2 août 1950, avec indication du capital autorisé (3 000 actions) et de l’objet social lié à l’exploitation de salles de théâtre et de cinéma. -
GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 9 janvier 1960, tome 92, no 2 —
avis « Alouette Theatre Limited ».
Usage MCPA : avis de changement de siège social de la compagnie, qui quitte le 1010, rue Sainte-Catherine Ouest pour le 5887, avenue Monkland, confirmant la poursuite des activités de l’entreprise au tournant des années 1960. -
LE DEVOIR, 23 décembre 1955, une —
« Un gigantesque incendie, rue Ste-Catherine, à Montréal ».
Usage MCPA : reportage sur un incendie majeur à l’angle des rues Sainte-Catherine et Bleury : description de l’intervention de centaines de pompiers, mention des dommages causés par l’eau et la fumée au théâtre Alouette, au Café Beaver et à un comptoir United Cigar. -
L’ARTISAN, hebdomadaire d’informations régionales de Repentigny et du comté de L’Assomption,
13 mai 1970, p. 3 — avis nécrologique « Décès de Monsieur Léonidas Roy ».
Usage MCPA : notice rappelant que Léonidas Roy, homme d’affaires bien connu dans la région, a déjà été propriétaire de l’hôtel du Portage et du théâtre Alouette, puis qu’il se retire des affaires au début de 1969 ; indice d’un changement de propriétaire pour la salle à la fin des années 1960. -
LA PRESSE, 3 octobre 1987, cahier « Spectacles », p. E8 —
Denis Lavoie, « En cinq ans, la salle est devenue une institution ».
Usage MCPA : bilan des cinq premières années du Spectrum : liste d’artistes déjà passés, description de la salle comme « institution », rappel des travaux de transformation (son et éclairage modernes, salle pensée avec les producteurs), mention d’un prêt d’environ 250 000 $ de la SODIQ, indication d’un fonctionnement comme petite entreprise d’une soixantaine d’employés. -
LA PRESSE, 5 juillet 1998, cahier « L’Été », p. B7 —
Jean-Christophe Laurence, « Broadway sous la pluie » et
« Compay Segundo au Spectrum Social Club ».
Usage MCPA : exemples du rôle du Spectrum dans le Festival International de Jazz de Montréal: concert des New York Voices déplacé de l’extérieur au Spectrum à cause de la pluie, et soirée thématique « Spectrum Social Club » avec Compay Segundo, où la salle se transforme en club tropical intérieur pour un public dansant. -
LE DEVOIR, 4 octobre 1996, cahier arts et spectacles —
Sylvain Cormier, « Le Spectrum a payé (et servi) le cognac ».
Usage MCPA : critique du spectacle La Grande Saloplumérie de Plume Latraverse au Spectrum : première grande rentrée rock’n’roll montréalaise après douze ans d’abstinence, anecdote où André Ménard, déguisé en garçon de café, sert lui-même le cognac réclamé dans la chanson Rideau, description du Spectrum entièrement acquis à Plume et à ses Parfaits Salauds. -
MONTRÉAL-MATIN, 31 août 1968 — « Café-Casino Gaspésien et Acadien ».
Usage MCPA : annonce d’ouverture du Casino Gaspésien au 316, rue Sainte-Catherine Ouest (2ᵉ étage), première mention du concept « cabaret gaspésien » et du personnel originaire de la Gaspésie. -
GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 11 mai 1991 — « Avis de dissolution éventuelle de corporations ».
Usage MCPA : documentation corporative concernant Casino Gaspésien 1983 inc. et fin d'exploitation au nord-est de Montréal. -
MONTRÉAL-MATIN, 18 décembre 1969 — « Vive le bon vieux temps au Casino Gaspésien ».
Usage MCPA : description du public gaspésien (18–35 ans), ambiance, danse carrée, menu de morue et « petits poissons des chenaux », décor « Ma belle Gaspésie » et peintures murales. -
LA PATRIE, 9 février 1969 — « C’est presque la danse à St-Dilon au nouveau casino des Gaspésiens ».
Usage MCPA : témoignage culturel permettant d’illustrer la dimension identitaire du cabaret — lieu de socialisation des Gaspésiens en ville. -
LE SOLEIL, 2 décembre 1971 — « Les Gaspésiens et les Madelinots installés dans la Métropole ».
Usage MCPA : description de l’importance du Casino Gaspésien comme « repère communautaire » pour la diaspora gaspésienne. -
THE GAZETTE, 24 novembre 1977 — « Pagliaro’s high-energy rock perfect for El Casino opening ».
Usage MCPA : confirmation du changement de nom Casino Gaspésien → El Casino (23 novembre 1977), ouverture officielle par Michel Pagliaro. -
THE GAZETTE, 16 décembre 1977 — « Punk is out at El Casino ».
Usage MCPA : informations sur l’accueil du punk canadien (Viletones, Danger) et décision de St-Onge de bannir les groupes punk. -
THE GAZETTE, 4 novembre 1978 — « Rock clubs beats a year of discord ».
Usage MCPA : situation financière (dettes de 130 000 $), description de la salle (400 places), citations de Vic Vogel et anecdote sur Gerry Boulet. -
LA PRESSE, 11 octobre 1997 — « Le Spectrum entre dans l’adolescence ».
Usage MCPA : rétrospective où André Ménard raconte la perte de 3 000 $ par soir au El Casino, révélatrice de la « leçon » : bar + billetterie doivent être réunis sous une même entité. -
THE GAZETTE, 24 mai 1979 — « Lady Luck runs out at El Casino ».
Usage MCPA : confirmation de la fermeture du El Casino le 3 juin 1979. -
LE DEVOIR, 29 mars 1980 — « Le blues blanc des cowboys chromés ».
Usage MCPA : repositionnement du 2ᵉ étage, retour au nom Casino Gaspésien, fin des tentatives disco-club. -
THE GAZETTE, 13 mars 1982 — « $7,000 left in boys fund ».
Usage MCPA : annonce de la « résurrection » du El Casino le 16 mars 1982 avec Walter Rossi. -
LA PRESSE, 15 avril 1982 — « Succès sans précédent pour Diane Dufresne ».
Usage MCPA : mention complémentaire sur la programmation du El Casino au début des années 1980. -
GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 27 août 1983 — « Changement de dénomination sociale ».
Usage MCPA : preuve administrative du passage au nom Cabaret des Folies Bergères (1983–1991). -
THE GAZETTE — « Legal notice, Casino Gaspésien Zouk Palace »,
30 octobre 1997.
Usage MCPA : fin d’exploitation du Casino Gaspésien (succursale Bélanger). -
RADIO-CANADA, chronique de Félix B. Desfossés,
« Kosmos, Pink Floyd et l’ascension d’Alain Simard vers le FIJM »,
29 décembre 2021.
Usage MCPA : contexte biographique d’Alain Simard (La Clef, communes artistiques, production au CEPSUM, collaboration Kosmos – Pink Floyd – Genesis – Gentle Giant, transition vers Outremont / St-Denis / El Casino, prémices du FIJM). - LA PRESSE, 8 octobre 1983, Mireille Simard — article « Le Spectrum en fête », p. ?, cahier Spectacles : mentionnant Daniel Harvey comme co-propriétaire du Spectrum avec Alain Simard et André Ménard, et décrivant la portée internationale des captations Spectel-Vidéo (« vendues de l’Europe jusqu’à l’Australie »).
- The Gazette, 18 septembre 1988, rubrique coulisses — mentionne : « Serge Grimaux, the general manager of the Spectrum », dans une note relative au mariage avec Debra Rathwell (vice-présidente, Donald K. Donald Productions).
- The Gazette, 1 octobre 1987, « ADISQ housecleaning » (John Griffin) — liste les administrateurs, dont Daniel Harvey, Alain Simard (Spectel-Vidéo / Spectra-Scène), et Serge Grimaux (Donald K. Donald Productions).
- LA PRESSE, 4 janvier 2003, Marie-Christine Blais, « Serge Grimaux, Chicoutimien de Prague » — confirme : Grimaux est originaire de Chicoutimi et fut le premier gérant / directeur du Spectrum.
-
LE DEVOIR, 12 mai 1978, p. 15 — « El Casino, nouvelle formule » (N.P.).
Usage MCPA : instabilité administrative de l’El Casino (passage par Pagliaro, Tony Roman, Claude Lusignan, Arthur Dolfen), reprise « politique » plutôt que strictement artistique ; arrivée d’Alain Simard et André Ménard comme producteurs de spectacles ; maintien par Phil St-Onge de l’administration du bar ; arguments techniques (capacité, éclairage, son, absence de colonnes, qualité de la scène) ; respect des contrats en cours et volonté d’une programmation équilibrée. - LE DEVOIR, 10 janvier 1980, Nathalie Petrowski, « Spectra, ou l’effervescence du spectacle » — article d’analyse sur la jeune maison de production Spectra, évoquant notamment les pertes financières liées à l’exploitation du El Casino, ainsi que la « leçon » structurelle qu’en tirent Alain Simard et André Ménard quant au contrôle de l’ensemble de la chaîne de production des spectacles.
-
LA PRESSE, 9 janvier 1974, cahier H — encadré publicitaire.
Annonce intitulée « Le nouveau Pigalle, auparavant Alouette », identifiant pour la première fois l’établissement du 318, rue Sainte-Catherine Ouest sous l’appellation Pigalle. Cette publicité constitue la plus ancienne trace documentée du nom Pigalle pour cette salle. -
THE GAZETTE, 16 juin 1976, p. 18 —
« Seville to show ‘rep’ films ».
Article mentionnant l’abandon de l’exploitation de plusieurs salles montréalaises par United Theatres, dont le Pigalle cinema, explicitement décrit comme formerly the Alouette, situé sur la rue Sainte-Catherine près de Park Avenue. -
THE MONTREAL STAR, 7 août 1976, p. 45 —
critique du film L’Argent de poche de François Truffaut.
Le critique situe la projection au Carrefour cinema, précisant qu’il était previously known as the Pigalle, before that the Alouette, confirmant la filiation nominale et fonctionnelle entre les trois appellations. -
THE MONTREAL STAR, 25 septembre 1976, p. 48 —
critique du film Cadavres exquis de Francesco Rosi.
L’article mentionne la présentation du film en français au Carrefour, en rappelant que la salle était formerly the Pigalle and the Alouette, confirmant l’usage encore récent et interchangeable de ces appellations dans la presse anglophone montréalaise. -
LA PRESSE, 7 octobre 1982, cahier Arts et spectacles — Pierre Beaulieu,
« Nouvelle offensive du côté du disque ».
Usage MCPA : confirmation que Claude Dubois devait initialement inaugurer le Spectrum à l’ouverture prévue le 15 octobre 1982, mais que son spectacle a été reporté au 25 en raison de son travail avec de nouveaux musiciens (alors qu’Uzeb amorçait sa propre série de concerts), ouvrant ainsi la voie à une inauguration effective par Public Image Limited (PIL). -
LA PRESSE, 17 juin 1995, cahier D — Marie-Christine Blais,
« 1985-1995 : la montée de l’underground » (dossier sur le rock alternatif québécois).
Usage MCPA : mention rétrospective de l’épisode qualifié d’« émeute du Spectrum » lors du passage de BÉRURIER NOIR (fin des années 1980) ; indice d’un rare moment de tension associé à la salle dans la presse d’analyse culturelle. - Alain Simard, Je rêvais d’un festival, chapitre 31 : « La naissance de Spectra Scène et du El Casino », p. 211–217. Témoignage détaillé sur l’exploitation du El Casino, les conflits avec la Guilde des musiciens, l’annulation des concerts du Pat Metheny Group, les pertes financières, ainsi que le festival de clôture Adieu El Casino ! au printemps 1979.
- Ibid. Référence aux démarches entreprises auprès du ministère fédéral du Travail, à la contestation du droit de veto du local 406 de l’AFM sur les permis de travail des musiciens étrangers, et aux conséquences institutionnelles de cette crise sur l’écosystème des salles montréalaises à la fin des années 1970.































































































































































































































































































































































