Temple maçonnique de Montréal
Édifice monumental de style Beaux-Arts, le Temple maçonnique de Montréal (Montreal Masonic Memorial Temple) est conçu en 1929 par John S. Archibald et mis en service au tournant de 1930. Situé à l’angle de Sherbrooke Ouest et Saint-Marc, il est conçu comme siège institutionnel de la franc-maçonnerie montréalaise. [1][2]
1. Présentation
Le Temple maçonnique de Montréal s’inscrit dans le paysage monumental de la rue Sherbrooke Ouest, au cœur du centre-ville. L’édifice conjugue une façade de type « temple » et un programme institutionnel complet, ce qui en fait un repère majeur de l’architecture civique et associative montréalaise du XXe siècle. [1][2]
Encadré explicatif — Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?
La franc-maçonnerie moderne trouve son origine institutionnelle dans la formation de la première Grande Loge à Londres en 1717. Héritière des confréries médiévales de maçons opératifs, elle évolue au XVIIIe siècle vers une organisation dite « spéculative », distincte de la maçonnerie professionnelle des bâtisseurs.
Elle est traditionnellement décrite comme « un beau système de moralité enseigné sous le voile de l’allégorie au moyen de symboles », utilisant les outils des constructeurs comme supports symboliques d’enseignement moral.
Chaque Grande Loge est souveraine dans sa juridiction. La Grande Loge du Québec, fondée en 1869, regroupe les loges québécoises qui confèrent les grades d’apprenti, de compagnon et de maître maçon. [10]
Repères — Franc-maçonnerie au Canada
Un article du Montreal Daily Star (1910), qui résume un bref historique, indique que certaines sources maçonniques situent l’existence de loges au Canada « aussi tôt qu’en 1738 ». Le texte rattache toutefois la maçonnerie « documentée » à la présence de régiments britanniques durant la campagne de Québec à la fin des années 1750. [15]
Le même article affirme que la première célébration enregistrée de la St. John’s Day (fête traditionnellement associée au calendrier maçonnique) au Canada aurait eu lieu à Québec le 27 décembre 1759, par des frères liés aux loges rattachées aux régiments alors stationnés dans la ville. [15]
Dans la foulée, le texte évoque la structuration des loges et mentionne aussi des exemples de loges précoces à Montréal, dont St. Peter’s (No. 4), donnée comme instituée en 1761, signalant l’ancienneté de l’implantation maçonnique dans la ville après la Conquête. [15]
2. Avant le mémorial : le temple de la rue Dorchester
Avant l’érection du Temple maçonnique actuel sur la rue Sherbrooke Ouest, les activités maçonniques montréalaises étaient concentrées dans un Masonic Temple situé sur la rue Dorchester Ouest (aujourd’hui boulevard René-Lévesque). Érigé au début des années 1890 afin de doter les loges montréalaises d’un siège permanent, cet édifice devient rapidement le principal centre maçonnique de Montréal.
Le Montreal Daily Star du 6 octobre 1894 annonce la pose de la pierre angulaire d’un bâtiment de plusieurs étages conçu spécifiquement pour accueillir salles de loge, salles de banquet et locaux administratifs. [16]
La cérémonie rassemble les dignitaires de la Grand Lodge of Quebec, attestant l’importance institutionnelle de ce temple dès la fin du XIXe siècle. [16]
Dès 1910, la presse montréalaise confirme son rôle de carrefour central des activités maçonniques. Le Montreal Daily Star publie des annonces de célébrations de St. John’s Night et énumère les loges tenant leurs réunions « at the Masonic Temple », notamment ROYAL ALBERT LODGE No. 25, PRINCE CŒUR DE LION LODGE No. 52 et ROYAL VICTORIA LODGE No. 57. [15]
Des travaux d’altération sont documentés en juillet 1908 par le cabinet Saxe & Archibald, démontrant l’adaptation progressive du bâtiment aux besoins croissants de l’organisation. [5]
Toutefois, l’expansion rapide de la franc-maçonnerie dans les années 1920 rend l’édifice insuffisant. La décision est prise de construire un nouveau temple monumental servant à la fois de siège permanent et de mémorial.
Un article du The Montreal Star du 8 février 1930 confirme que les francs-maçons quittent officiellement le Temple de la rue Dorchester le 1er mars 1930. [9]
Le bâtiment, décrit comme un édifice de cinq étages avec sous-sol, est acquis par Property Holdings, Limited et transformé en immeuble de bureaux sous la direction de l’architecte C. Gordon Mitchell. La reconversion est prévue pour le 1er mai 1930. [9]
Le début de l’année 1930 marque ainsi une transition institutionnelle majeure : l’abandon du temple de Dorchester et l’entrée en fonction progressive du nouveau Temple maçonnique de Sherbrooke. [9]
3. Collecte, projet et chantier (1923–1929)
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’idée d’un nouveau temple maçonnique à Montréal prend une dimension à la fois institutionnelle et commémorative. Le bâtiment existant de la rue Dorchester étant jugé inadéquat depuis plusieurs années, un projet de construction d’un Masonic Memorial Temple est envisagé afin d’honorer les membres ayant perdu la vie durant le conflit.
En 1923, une campagne de financement est officiellement lancée auprès des loges montréalaises et provinciales. L’objectif est fixé à 750 000 $. Les contributions progressent au fil des années, mais le comité responsable choisit d’attendre la solidité complète du montage financier avant d’engager les travaux. [12]
Après plusieurs années de préparation, le projet entre enfin en phase concrète à l’automne 1928. Un article de The Gazette daté du 30 octobre 1928 annonce le début des travaux d’excavation sur le terrain situé au coin sud-est des rues Sherbrooke et Saint-Marc. L’entreprise E. G. M. Cape and Company agit à titre d’entrepreneur général, tandis que la conception architecturale est confiée à J. S. Archibald. [12]
Le nouveau temple est présenté comme un édifice d’envergure nationale, appelé à compter parmi les plus importants bâtiments maçonniques du Canada et à rivaliser avec les constructions comparables des grandes villes américaines. [12]
La pose cérémonielle de la pierre angulaire a lieu le 22 juin 1929, événement réunissant de nombreuses loges et soulignant la portée symbolique et mémorielle du projet. [3]
La construction du Temple s’achève à la fin de 1929, au moment même où survient le krach boursier d’octobre, prélude à la Grande Dépression. L’achèvement du bâtiment précède donc de peu une période de ralentissement économique majeur qui marquera profondément la société canadienne, sans toutefois interrompre la mise en service du nouvel édifice au début de l’année 1930.
4. Ouverture et mise en service (février 1930)
Bien que le Temple maçonnique de Montréal soit complété à la fin de l’année 1929, son entrée en fonction effective est documentée par la presse montréalaise au mois de février 1930, avant toute inauguration solennelle formelle. Les quotidiens The Montreal Star et The Gazette, datés du 13 février 1930, relatent la tenue de la 60e communication annuelle de la Grand Lodge of Quebec dans le New Masonic Temple, situé à l’angle des rues Sherbrooke et Saint-Marc. [7][8]
La séance débute à 10 heures du matin sous la présidence du M.W. Henry Willis, Grand Master of Quebec. Plus de 500 délégués représentant 92 loges prennent part à l’assemblée. Les journaux précisent qu’il s’agit de la première grande réunion tenue dans le nouvel édifice, lequel « n’a pas encore été officiellement ouvert ». [7][8]
Les rapports présentés lors de cette communication annuelle indiquent que la franc-maçonnerie québécoise compte alors environ 16 000 membres, avec une augmentation récente d’environ 400 nouveaux membres au cours de l’année précédente. Cette croissance soutenue justifie en partie la construction d’un édifice de grande capacité, spécifiquement conçu pour accueillir réunions, communications annuelles et activités sociales. [8]
5. Architecture : monumentalité Beaux-Arts et programme symbolique
5.1 Composition et vocabulaire Beaux-Arts
Conçu en 1929 par l’architecte montréalais John S. Archibald, le Temple maçonnique adopte un vocabulaire monumental associé au Beaux-Arts tardif. Sa façade principale, strictement symétrique, évoque l’architecture de type « temple », adaptée à un programme institutionnel du début du XXe siècle. [1][2]
Le bâtiment présente un plan rectangulaire et une élévation variant de cinq à sept étages. Sa structure est composée d’une ossature en acier et béton, revêtue d’un parement en pierre calcaire. [23]
La façade est articulée par un imposant soubassement, surmonté d’un corps central doté d’une loggia à colonnade ionique et d’un fronton sculpté. L’entablement porte l’inscription « MASONIC MEMORIAL TEMPLE », tandis qu’une frise secondaire présente la devise FIDES | VERITAS | CARITAS | LIBERTAS | SPES. [23]
L’ornementation comprend également des pilastres ioniques, des bandeaux sculptés de rinceaux et palmettes, une corniche à consoles ornée de têtes de lion, une palmette en acrotère, ainsi que deux lions ailés et des médaillons historiés. [23]
Cette qualité architecturale est reconnue dès 1931 : le Temple reçoit le premier prix (catégorie Monumental Buildings) du concours annuel du Royal Architectural Institute of Canada, distinction attribuée à John S. Archibald. [22]
5.2 Programme spatial et organisation intérieure (repères)
Conçu comme un complexe institutionnel multifonctionnel, l’édifice est organisé de façon à accueillir simultanément des activités rituelles, administratives et sociales : salles de loge, espaces de club, salles de réception et locaux de comité. [8]
5.3 Éléments symboliques intégrés à l’architecture
De part et d’autre de l’entrée principale, deux lampadaires monumentaux évoquent les colonnes bibliques Jakin et Boaz. Leurs chapiteaux sont formés de taureaux sculptés soutenant un globe terrestre à gauche et un globe céleste à droite. [23]
La porte principale en bronze, ornée de roses et de heurtoirs en forme de têtes de lion, est surmontée d’une grille ajourée intégrant des symboles maçonniques, renforçant le caractère cérémoniel du seuil. [23]
À l’intérieur, un système symbolique cohérent est documenté, notamment par la présence du plancher à damier (checkered floor) au centre des salles de loge, associé à une lecture morale de la dualité, ainsi que par l’usage récurrent des colonnes, globes, de l’équerre et du compas. [14]
6. Fonction mémorielle et commémoration
La dimension commémorative constitue un axe fondateur de l’édifice : le Temple est pensé comme un mémorial rattaché à la mémoire des francs-maçons canadiens tombés durant la Première Guerre mondiale, puis inscrit dans une commémoration élargie aux conflits du XXe siècle. [1][2]
Un reportage de The Gazette (2013) rappelle que l’appellation même Masonic Memorial Temple renvoie à cette vocation et associe explicitement la mémoire aux Première et Deuxième Guerres mondiales ainsi qu’à la guerre de Corée. [14]
Au milieu du XXe siècle, le hall commémoratif est réaménagé afin d’accueillir un autel portant les noms des francs-maçons québécois morts lors des Première et Deuxième Guerres mondiales ainsi que de la Guerre de Corée. Ce dispositif confirme que la mémoire des conflits est intégrée à la scénographie institutionnelle et aux espaces centraux du bâtiment. [23]
7. Usages, occupants et vie du bâtiment
Le temple demeure un lieu de réunions et d’activités pour diverses loges. Certaines sources contemporaines (sites de loges) confirment l’usage actuel du bâtiment comme lieu de rencontres régulières, ce qui documente la continuité de sa vocation institutionnelle. [6]
Usages culturels et philanthropiques — Début des années 1930
Dès janvier 1931, le Temple maçonnique accueille des événements musicaux d’envergure dans ce qui est désigné comme la Masonic Memorial Temple Concert Hall. [13]
Le 30 janvier 1931, la Transportation Lodge No. 103 organise un concert caritatif au profit de l’All-Masons’ Auxiliary Fund et du Shriners’ Hospital for Crippled Children. L’événement comprend des prestations vocales et instrumentales, ainsi qu’un orchestre de 30 musiciens sous la direction de T. E. Jackson. [13]
La présence attendue du Grand Master et de représentants des Shriners confirme le caractère officiel et public de l’événement, soulignant le rôle du Temple comme espace culturel et philanthropique au cœur du centre-ville montréalais.
Dès les premières années suivant son ouverture, le Temple maçonnique accueille également des activités musicales ouvertes au public. Le 10 mai 1933, les chœurs combinés des Royal Albert Masonic Lodge et Royal Victoria Masonic Lodge se produisent dans l’auditorium du Masonic Memorial Temple. [11]
Le programme comprend des œuvres d’ ELGAR, SULLIVAN, FLETCHER, MAUNDER, DUNHILL, ANDREWS et GERMAN, ainsi que des trios instrumentaux pour violon, violoncelle et piano.
L’événement, organisé dans le contexte de la Grande Dépression, vise à soutenir les membres maçons sans emploi par l’entremise de la Masonic Secretary’s Association. Ce concert témoigne de l’usage du Temple non seulement comme siège institutionnel, mais aussi comme espace culturel et caritatif. [11]
7.1 1976 — Démystification publique et contexte religieux
Le 8 mai 1976, le quotidien Le Droit publie un dossier de plusieurs pages intitulé « Dans le secret de ce temple… », signé Pierre Laflamme. L’article propose une incursion détaillée dans le Temple maçonnique de Montréal, rue Sherbrooke Ouest, et cherche explicitement à démystifier la franc-maçonnerie auprès du public québécois. [18]
Le ton adopté est révélateur de l’époque : la franc-maçonnerie n’y est plus décrite comme une société occulte inquiétante, mais plutôt comme une association privée structurée, majoritairement composée d’hommes issus de milieux professionnels établis. Le reportage insiste sur le fait que les assemblées se déroulent selon un rituel codifié, mais sans dimension clandestine ou subversive. [18]
Effectifs et dimension linguistique
L’article indique qu’au milieu des années 1970, la franc-maçonnerie québécoise regroupe environ 15 000 membres, dont près de 3 000 francophones. Cette proportion souligne la prédominance historique anglophone et protestante de l’institution, bien que plusieurs loges francophones soient alors reconnues par la Grande Loge du Québec. [18]
À Montréal, l’article mentionne notamment la loge Dénéchau, qui occupe l’une des salles du Temple. Cette loge francophone est présentée comme active, structurée et intégrée à la juridiction régulière. [18]
Description intérieure documentée
Le reportage offre une description rare de l’aménagement symbolique d’une salle de loge : au-dessus du siège du Vénérable Maître, un soleil rayonnant symbolise la lumière. Devant lui, un socle destiné à recevoir la Bible pendant la tenue.
Parmi les symboles visibles figurent l’équerre et le compas, ainsi que les colonnes Jakin et Boaz, références traditionnelles au Temple de Salomon. Le texte rappelle également l’existence des 33 degrés dans la hiérarchie maçonnique, bien que tous les membres ne franchissent pas l’ensemble de ces degrés. [18]
Le dossier mentionne aussi que les réunions peuvent comporter des éléments culturels — par exemple des œuvres de MOZART, souvent associé historiquement à la franc-maçonnerie — jouées lors de certaines tenues.
Relations avec l’Église catholique
Une part substantielle du dossier est consacrée aux relations historiques entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique. Il est rappelé qu’en 1974, le Vatican a réitéré la position doctrinale concernant l’incompatibilité entre appartenance maçonnique et catholicisme, tout en laissant place à des discussions pastorales au Québec. [18]
Le reportage évoque des rencontres entre représentants maçonniques et autorités ecclésiastiques, dans un contexte post-Révolution tranquille marqué par une redéfinition des rapports entre institutions religieuses et société civile.
Un moment charnière
Ce dossier de 1976 constitue ainsi une photographie sociologique et médiatique importante : il documente la situation des effectifs, la dimension linguistique de l’institution et son image publique au Québec, tout en fournissant une description intérieure rare du Temple maçonnique de Montréal dans les années 1970. [18]
7.2 2002 — Le Nouveau Théâtre Expérimental au Temple maçonnique
En février et mars 2002, le Temple maçonnique de Montréal accueille une production du Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) intitulée Les Gymnastes de l’émotion — Ode au théâtre, sur fond de mauvaise critique, texte et mise en scène de Louis Champagne et Gabriel Sabourin. Présentée du 19 février au 9 mars 2002, la pièce est jouée au 2295, rue Saint-Marc, confirmant l’utilisation du Temple comme véritable salle théâtrale pour une série de représentations structurées s’échelonnant sur plusieurs semaines. [20]
La couverture médiatique souligne le caractère singulier du lieu, qualifié de « mystérieux Temple maçonnique de Montréal », et insiste sur la qualité de la salle, décrite comme un espace marquant ayant influencé la création elle-même. Cette occupation par une compagnie reconnue du théâtre québécois illustre la diversification des usages du bâtiment au tournant du XXIe siècle, alors que l’édifice sert non seulement de siège institutionnel maçonnique, mais aussi de scène culturelle intégrée au circuit artistique montréalais. [20]
7.3 2008 — POP Montréal au Temple maçonnique
En octobre 2008, le Temple maçonnique de Montréal est intégré à la programmation du festival POP Montréal (7e édition). Dans le cadre du festival, le musicien montréalais Sam Shalabi présente le projet Sam Shalabi & Friends dans « l’enceinte mystérieuse du Temple maçonnique », au 2295, rue Saint-Marc. L’article souligne le caractère avant-gardiste de la proposition musicale et établit un lien explicite entre la performance et certains éléments du symbolisme égyptien et franc-maçonnique, renforçant l’adéquation entre le lieu et la démarche artistique. [21]
Cette présence du Temple dans la programmation d’un festival international majeur confirme son intégration au circuit culturel montréalais au tournant du XXIe siècle. L’édifice ne sert alors plus uniquement de siège institutionnel, mais agit également comme espace de diffusion pour des concerts expérimentaux et des événements musicaux d’envergure. [21]
8. Déclin, coûts et avenir incertain (1994)
Au milieu des années 1990, un reportage de The Gazette attire l’attention sur la fragilité économique du Montreal Masonic Memorial Temple, malgré son statut d’icône architecturale et symbolique du centre-ville. Le texte insiste sur une réalité structurelle : la baisse des effectifs maçonniques au Québec réduit les besoins d’espace, alors que les coûts fixes d’un tel bâtiment demeurent considérables. [17]
L’article rappelle que le nombre de francs-maçons au Québec aurait culminé à environ 19 000 en 1958, avant de diminuer jusqu’à environ 7 000 au début des années 1990. Cette contraction est présentée comme un facteur direct de l’incertitude entourant l’occupation future du temple. [17]
Sur le plan financier, le reportage évoque des charges annuelles très élevées pour l’exploitation du bâtiment (ordre de grandeur d’environ 500 000 $ par an), auxquelles s’ajoutent des taxes foncières substantielles (fourchette d’environ 100 000 $ à 150 000 $). [17]
Pour compenser, la stratégie décrite repose sur une diversification des usages : certaines parties du temple sont utilisées par des organismes externes, et des espaces sont loués pour des activités sociales, des conférences et des événements. Le texte mentionne notamment l’occupation d’une partie du sous-sol (service de garde), la tenue de réunions par des institutions universitaires, ainsi que la location ponctuelle de locaux comme décors de tournage — des revenus jugés utiles, mais insuffisants pour garantir la viabilité à long terme. [17]
Le reportage ajoute des détails d’intérêt patrimonial : il insiste sur la richesse de la façade et de la symbolique, et évoque également certains espaces intérieurs et leur vocabulaire allégorique. En filigrane, la question posée n’est pas celle d’un abandon pur et simple, mais celle d’un modèle d’occupation durable : trouver un occupant principal pour une grande partie de l’édifice, tout en préservant, si possible, une présence maçonnique significative sur place. [17]
9. Héritage, restauration et reconnaissance patrimoniale
Au début du XXIe siècle, le Temple maçonnique fait l’objet d’importants travaux de restauration, incluant la réfection de la toiture, la restauration de la maçonnerie, du fronton monumental et des portes en bronze. Le système de contrôle climatique d’origine était alors hors fonction, ce qui nécessitait une intervention majeure afin d’assurer la conservation à long terme de l’édifice. [14]
Le Temple maçonnique de Montréal est désigné lieu historique national du Canada en 2001. Il est ensuite classé immeuble patrimonial par le ministre de la Culture et des Communications du Québec le 26 janvier 2012. La protection s’applique à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment, mais non au terrain. [23]
Dans la presse montréalaise, l’édifice est présenté comme l’un des derniers grands temples maçonniques au Canada à demeurer en activité dans son bâtiment d’origine. Cette continuité institutionnelle, combinée à son intégrité architecturale, renforce sa valeur patrimoniale au sein du paysage urbain montréalais. [14]
La visibilité contemporaine du site passe également par des usages médiatiques : l’édifice a servi de décor à plusieurs productions cinématographiques, dont The Sum of All Fears et Get Smart, soulignant l’attrait visuel et monumental du bâtiment au-delà de sa fonction institutionnelle. [14]
Ces dynamiques — restauration, reconnaissance officielle et usages culturels — situent le Temple à l’intersection de l’histoire associative, de la mémoire institutionnelle et de la mise en valeur patrimoniale contemporaine. [14][23]
10. Ouverture aux médias et image publique (2004)
Au début des années 2000, la franc-maçonnerie fait l’objet d’un traitement médiatique plus explicatif, s’inscrivant dans un contexte de démystification et de relations publiques. Dans un dossier publié par La Presse le 9 février 2004, l’institution est abordée comme une société « réputée secrète », mais présentée à travers une visite encadrée et une incursion journalistique destinée au grand public. [19]
Le traitement met en scène l’écart entre la réputation de secret et la volonté affichée de maîtriser le récit public. L’institution y apparaît structurée, codifiée et ritualisée, tout en cherchant à corriger les représentations sensationnalistes associées à la culture populaire. [19]
Un dispositif pédagogique et médiatique
Le dossier comprend une section questions-réponses (« Cinq questions sur l’organisation »), résumant dans un langage accessible les principes d’adhésion, la structure organisationnelle et la définition institutionnelle de la franc-maçonnerie. Celle-ci y est décrite ni comme une Église, ni comme un parti politique, mais comme une association hiérarchisée régie par un cadre rituel et administratif précis. [19]
Cette médiatisation s’inscrit dans une dynamique plus large d’ouverture encadrée au public, où le Temple maçonnique devient à la fois sujet journalistique, décor architectural et support narratif. L’édifice participe ainsi à une redéfinition contemporaine de son image publique. [19]
Portée documentaire
Pour l’histoire du Temple maçonnique de Montréal, cette source constitue un jalon important : elle documente la perception publique au tournant du XXIe siècle et complète les chapitres consacrés à la fondation (1894–1930), à la médiatisation antérieure (1976) et aux enjeux institutionnels des années 1990. [19]
11. Conclusion
Le Temple maçonnique de Montréal occupe une place singulière dans le paysage institutionnel du centre-ville. Conçu à la fin des années 1920 comme édifice monumental et mémorial, il conjugue architecture Beaux-Arts, programme cérémoniel complexe et vocation commémorative durable. Depuis son ouverture en 1930, il a servi de siège institutionnel, d’espace philanthropique, de salle de concert, de lieu théâtral, de décor cinématographique et de site patrimonial reconnu à l’échelle nationale.
Comme plusieurs bâtiments associés à des sociétés initiatiques, le Temple a nourri, au fil des décennies, un imaginaire collectif marqué par l’idée de secret, de rites codifiés et de réseaux d’influence. Cette perception tient en partie au caractère symbolique de la franc-maçonnerie et à la discrétion inhérente à son fonctionnement interne. Toutefois, la documentation historique disponible — articles de presse, archives publiques, dossiers patrimoniaux — présente l’édifice comme une institution civique structurée, régie par des statuts formels, inscrite dans un cadre légal et largement intégrée à la vie sociale montréalaise.
Les mythes contemporains évoquant manipulations occultes ou pouvoirs invisibles relèvent davantage de constructions culturelles que de faits documentés concernant ce lieu précis. Les sources consultées pour cette fiche attestent plutôt d’un bâtiment utilisé pour des réunions administratives, des cérémonies rituelles, des activités caritatives, des événements culturels et des projets artistiques, dans une continuité institutionnelle observable sur près d’un siècle.
En définitive, le Temple maçonnique de Montréal se comprend moins comme un espace de mystère que comme un témoin architectural et sociologique : celui d’une tradition associative profondément ancrée dans l’histoire urbaine du Québec, dont les murs portent surtout la trace d’un siècle de sociabilité, de mémoire et d’adaptation.
Comme le souligne le reportage de 2013, le Temple demeure « calme comme un tombeau » derrière sa façade de pierre calcaire, image qui nourrit l’imaginaire collectif. Pourtant, la documentation historique démontre une institution intégrée au tissu civique montréalais, fonctionnant dans un cadre légal, administratif et public documenté. [14]
Notes & sources
- Parcs Canada / Gouvernement du Canada, 14 octobre 2006 — communiqué sur la commémoration de la signification historique nationale du Montreal Masonic Memorial Temple : localisation (Sherbrooke Ouest / Saint-Marc), style Beaux-Arts, architecte John S. Archibald, vocation mémorielle.
- Anciens Combattants Canada (Veterans Affairs Canada) — notice “Temple maçonnique / Masonic Memorial Temple” : conception (1929), architecte John S. Archibald, adresse (1850 Sherbrooke Ouest), inscription FIDES | VERITAS | CARITAS | LIBERTAS | SPES.
- Montreal Masonic Memorial Temple (notice de synthèse) — pierre angulaire (22 juin 1929) et première tenue de la Grand Lodge of Quebec dans le nouvel édifice (12 février 1930) ; contexte (collecte, remplacement du temple Dorchester).
- Liste des Lieux historiques nationaux du Canada (Montréal) — mention du Masonic Memorial Temple comme lieu historique national (désignation), avec repères chronologiques (complétion 1930 / désignation).
- McGill Libraries — John Bland Canadian Architecture Collection — “Alterations to the Masonic Temple” (juillet 1908), projet situé sur Dorchester, créateur Saxe & Archibald : attestations archivistiques de travaux sur le temple antérieur.
- Site de loge (ex. Corinthian Lodge No. 62) — informations pratiques de réunions au Temple (adresse Saint-Marc) et rappel de la désignation nationale / vocation mémorielle.
- The Montreal Star, 13 février 1930, p. 27 — « Masonic Lodge in 60th Annual Meet ». Article rapportant la 60e communication annuelle de la Grand Lodge of Quebec tenue au New Masonic Temple (Sherbrooke et St. Mark). Confirme qu’il s’agit de la première grande réunion dans le nouvel édifice, sous la présidence de M.W. Henry Willis, en présence de plus de 500 délégués. Mention explicite que le bâtiment n’avait pas encore été officiellement inauguré.
- The Gazette, 13 février 1930, p. 5 — « Report Masonry in Flourishing State ». Article détaillant la 60e communication annuelle de la Grand Lodge of Quebec tenue au New Masonic Temple, indiquant la présence de plus de 500 délégués représentant 92 loges et environ 16 000 membres au Québec, et fournissant une description contemporaine de la configuration intérieure d’origine : six mezzanine floors, lodge rooms, club chambers, supper halls, lecture room, kitchens, committee and locker rooms.
- The Montreal Star, 8 février 1930, p. 17 — « Building Firms to Have New Offices ». Article annonçant la conversion de l’ancien Masonic Temple de la rue Dorchester Ouest, que les francs-maçons doivent quitter le 1er mars 1930. L’édifice, décrit comme ayant cinq étages avec sous-sol, est acquis par Property Holdings, Limited, et transformé en immeuble de bureaux sous la supervision de l’architecte C. Gordon Mitchell.
- Grande Loge du Québec, « What Is Free Masonry? » (site institutionnel, consulté en 2026). Présentation officielle décrivant la franc-maçonnerie comme issue des confréries médiévales de maçons opératifs et organisée, dans sa forme moderne, depuis la fondation de la première Grande Loge à Londres en 1717. Le texte précise que chaque Grande Loge est souveraine dans sa juridiction et que la Grande Loge du Québec, fondée en 1869, regroupe les loges québécoises conférant les grades d’apprenti, de compagnon et de maître maçon.
- The Montreal Star, 6 mai 1933, p. 22 — « Masonic Choirs Sing On Wednesday Evening ». Article annonçant un concert public dans l’auditorium du Masonic Memorial Temple (Sherbrooke et St. Mark), organisé par les Royal Albert et Royal Victoria Masonic Lodges, dont les profits sont destinés au secours des membres maçons sans emploi.
- The Gazette, 30 octobre 1928, p. 10 — « Work Started on Masonic Temple ». Article annonçant le début des travaux du Masonic Memorial Temple au coin des rues Sherbrooke et St. Mark, précisant que E. G. M. Cape and Company agit comme entrepreneur, J. S. Archibald comme architecte, et rappelant la campagne de financement lancée en 1923 pour un montant de 750 000 $.
- The Montreal Star, 24 janvier 1931, p. 3 — « Masonic Concert to Aid Hospital ». Article annonçant un concert caritatif dans la Masonic Memorial Temple Concert Hall, au profit de l’All-Masons’ Auxiliary Fund et du Shriners’ Hospital, incluant un orchestre de 30 musiciens dirigé par T. E. Jackson.
- The Gazette, 18 mai 2013, p. 4 — Marian Scott, « Glimpse into Secretive Order ». Article décrivant le Montreal Masonic Memorial Temple : caractéristiques architecturales et symboliques, ouverture ponctuelle au public (portes ouvertes), continuité d’occupation, ainsi que des interventions de restauration (toiture, maçonnerie, fronton) et des usages culturels contemporains (décor cinématographique, dont The Sum of All Fears et Get Smart).
- The Montreal Star, 27 décembre 1910, p. 6 — « Free Masons to Honor St. John’s Night To-night with Traditional Celebrations ». Article annonçant les célébrations de St. John’s Night et présentant un encadré « Where the Craft Foregather To-night » listant les loges et leurs lieux de réunion, avec plusieurs mentions explicites de tenues « at the Masonic Temple ».
- The Montreal Daily Star, 6 octobre 1894, p. 8 — « The Corner Stone to Be Laid This Afternoon ». Article décrivant la pose de la pierre angulaire du Masonic Temple sur Dorchester Street, incluant une description architecturale du bâtiment et la participation des officiers de la Grand Lodge of Quebec.
- The Gazette, 6 août 1994, p. 88 — Susan Bronson, « Masonic temple’s future uncertain ». Reportage sur la baisse des effectifs maçonniques au Québec et ses impacts sur les besoins d’espace, les coûts d’exploitation (et taxes), ainsi que les stratégies de location/occupation partielle et la recherche d’un modèle d’occupation durable pour assurer l’avenir du bâtiment.
- Le Droit, 8 mai 1976, Cahier 3 — Pierre Laflamme, « Dans le secret de ce temple… ». Dossier présentant la franc-maçonnerie au Québec, incluant description intérieure du Temple maçonnique de Montréal, données sur les effectifs (env. 15 000 membres, dont env. 3 000 francophones) et contexte des relations avec l’Église catholique.
- La Presse, 9 février 2004, section Arts et spectacles — « Actuel » — Jean-Luc Lorry, « Incursion au cœur d’une société réputée secrète » (p. 9) et encadrés associés, incluant « Cinq questions sur l’organisation » : dossier de vulgarisation et de relations publiques, description de la perception publique (“réputée secrète”), et mise en récit d’une “incursion” au Temple.
-
LE DEVOIR, 16 février 2002, Cahier C —
Publicité pour Les Gymnastes de l’émotion, production du Nouveau Théâtre Expérimental,
présentée du 19 février au 9 mars 2002 au Temple maçonnique de Montréal, 2295 rue Saint-Marc.
LA PRESSE, 16 février 2002, section Arts & spectacles — Marie-Christine Blais, « Jouer de ses émotions », article portant sur la création de Louis Champagne et Gabriel Sabourin, mentionnant la présentation au Temple maçonnique de Montréal. - LA PRESSE, 4 octobre 2008, section Arts et spectacles — Philippe Renaud, « POP Montréal », mention du concert Sam Shalabi & Friends présenté au Temple maçonnique de Montréal, 2295 rue Saint-Marc, dans le cadre du festival POP Montréal (7e édition).
- THE MONTREAL STAR, 25 novembre 1931, p. 11 — « Awards Are Made To Architects For Finished Work ». Premier prix (Monumental Buildings) décerné à John S. Archibald pour le Masonic Temple, Montreal, dans le cadre du concours du Royal Architectural Institute of Canada.
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Ministère de la Culture et des Communications du Québec,
« Temple maçonnique de Montréal », fiche patrimoniale officielle,
classement comme immeuble patrimonial (26 janvier 2012),
description architecturale, historique et éléments caractéristiques.
https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=97550&type=bien