Tic Toc (Montréal)
Ancien cabaret prestigieux situé au 1258 rue Stanley, le Tic Toc fut l’un des hauts lieux du divertissement nocturne montréalais de la fin des années 1930 jusqu’à sa transformation en Chez Parée en 1950. Héritier direct du Lido, il incarna la transition entre le cabaret élitiste et le music-hall accessible, tout en conservant un standard artistique exceptionnel.
1. Origines du lieu
Le bâtiment du 1258 rue Stanley s’inscrit dans l’un des pôles les plus animés du divertissement montréalais du XXe siècle. Dès les années 1920, il abrite le Cabaret des Beaux Arts, puis devient le Stanley Grill (1931–1934), dirigé par Harry Feldman, figure liée à la pègre juive montréalaise mais réputé discret et familial.
Le 25 mars 1934, un incendie déclenché dans la cave détruit l’intégralité de l’immeuble. Reconstruit la même année, le site renaît sous le nom du Lido.
2. Du Lido au Tic Toc
Le Lido (1935–1937), propriété de Louis Dettner et géré par Phil Maurice, se voulait une version montréalaise du prestigieux Lido de Paris. Malgré la Dépression, il connut une période faste : voitures de luxe stationnées en façade, programmation internationale, et système de climatisation installé en 1937, fait exceptionnel pour l’époque.
Le 28 octobre 1937, après rénovation, Puggy Dettner rebaptise le cabaret Tic Toc. La publicité annonce fièrement : « Un nouveau spectacle et un dîner pour 1 $ ». Ce changement marque la volonté d’ouvrir le cabaret à une clientèle plus large, sans en sacrifier le prestige.
3. Une institution populaire mais raffinée
Le Tic Toc met en place une formule à succès : spectacles toutes les heures, dîners-spectacles, revues chorégraphiées, numéros de variété et orchestre live. Il devient un pôle majeur du nightlife montréalais, rivalisant avec le Café de Paris, El Morocco et le Normandie Roof.
4. Pègre, moralité et pouvoir
Harry Ship, grand financier et « roi des gamblers » montréalais, détenait des parts dans le Tic Toc. Son règne fut de courte durée : l’avocat Pax Plante mena une campagne contre la pègre, conduisant à son arrestation en 1946. Le Tic Toc s’inscrit ainsi dans un système où clubs et cabarets évoluaient sous pression policière et contrôle mafieux.
5. Jerry Taylor’s Tic Toc
En 1947, Jerry Taylor devient gérant. Charismatique et apprécié, il modernise le lieu, voyage à New York pour recruter des artistes et inaugure le Glass Grill, permettant au public d’observer la préparation des repas — innovation spectaculaire pour l’époque.
6. Artistes et soirées mythiques
- Dean Martin – Débuts montréalais en février 1944
- Jean Sablon
- Oscar Peterson
- Nick Martin Orchestra
- Peter Barry Orchestra
Chaque soirée combinait danseuses, chanteurs, magiciens, comiques parisiens, numéros visuels et orchestres live.
7. Déclin et fermeture
Le 1er juin 1950, le Tic Toc ferme pour rénovations majeures avec l’ambition de devenir « le cabaret le plus spectaculaire d’Amérique du Nord ». Il renaît le 14 novembre sous un nouveau nom : Chez Parée.
8. Héritage
Le Tic Toc représente un chaînon essentiel de l’âge d’or des cabarets montréalais. Il symbolise la transition entre cabaret classique et spectacle moderne, tout en ayant lancé la carrière montréalaise de figures internationales majeures.
Sources
- The Gazette, Montreal Star, Le Canada, Le Devoir
- Nancy Marrelli – Stepping Out: The Golden Age of Montreal Night Clubs
- Archives MCPA, BANQ, IMJM
- Chroniques JF Hayeur













