Woodstock (Montréal)
Actif au moins au début des années 1990 et bien documenté entre 1993 et 1995, le Woodstock (3781, boulevard Saint-Laurent) apparaît dans la presse comme un bar de la Main associé aux réseaux alternatifs (indie/alt-rock, circuits locaux, soirées hybrides) et à des événements à vocation communautaire. La salle se retrouve aussi, en 1995, au cœur des discussions montréalaises sur les pratiques de clubs et la question du pay-to-play. 1
1. Présentation
Le Woodstock est repérable dans les annonces et chroniques culturelles montréalaises comme une adresse de diffusion non institutionnelle : un endroit où l’on peut aussi bien croiser des formations rock locales, des soirées thématiques, que des propositions plus “DIY” (vidéo, performances, collages d’images). Sa visibilité dans la presse entre 1993 et 1995 permet de reconstituer, par fragments, une identité de salle perméable — à la fois lieu de concerts et plateforme d’initiatives ponctuelles. 1
Deux traits ressortent nettement du corpus : (1) un ancrage dans le circuit rock/alternatif de la Main, et (2) une fonction de plateforme pour des événements communautaires et des expériences médiatiques. Dans l’été 1994, la chronique de The Gazette associe par exemple Woodstock à la série CKUT’s Noisy Neighbours, décrite comme un “jazzy din”, ce qui confirme une ouverture stylistique (jusqu’aux marges jazz/free/impro) à l’intérieur d’un lieu d’abord identifié au rock/alt. 8
2. Un bar de la Main dans les circuits alternatifs
Situé au 3781, boulevard Saint-Laurent, le Woodstock apparaît à répétition dans les rubriques de sorties comme un point d’arrêt pour une culture de soirée tournée vers les réseaux alternatifs. En 1993, des notices de presse l’associent explicitement à des spectacles rock et à des tournées/affiches qui circulent entre les salles du centre-ville (Metropolis, Spectrum, Foufounes, etc.), ce qui situe Woodstock dans un circuit plutôt que dans une logique de “salle unique”. 2
Cette place dans le réseau se lit aussi par la diversité des propositions : concerts, bénéfices, événements croisant musique et arts médiatiques, et soirées annoncées à faible coût d’entrée (ex. 5 $ dans certaines mentions). 2
La présence de groupes internationaux de passage est également attestée. À l’automne 1993, alors que le simple Creep circule abondamment sur MusiquePlus, le groupe britannique Radiohead est annoncé pour un « hit-and-run gig » au Woodstock, prévu pour le 2 novembre 1993, avec des billets à 11,50 $. 10
Une chronique publiée peu après confirme que Radiohead y a donné un concert « tight, sweaty, deliriously received », soulignant l’intensité de la prestation et l’accueil enthousiaste du public. Cette mention situe Woodstock comme une véritable escale de tournée internationale, capable d’accueillir des artistes majeurs à un stade encore précoce de leur carrière. 11
En 1994, le même type de logique “escale de tournée” se retrouve dans l’article consacré à Shonen Knife : la date à Woodstock est annoncée avec un acte d’ouverture, un prix précis et des indications de billetterie (réseau). Ce genre de détail est typique des salles intégrées à un circuit opérationnel de tournée. 7
3. 1993 : bénéfices, DIY et “Scratch Vidéo”
Une mention de décembre 1993 indique qu’un concert-bénéfice au Bar Woodstock (de 18 h à minuit) est organisé au profit de la Share the Warmth Foundation. La notice précise un prix d’entrée (5 $) et encourage les dons de denrées sèches, tout en nommant des participants de la scène rock locale (dont Mack Mackenzie, Three O’Clock Train, Jerry Jerry et Titanic). 3
À la même période, Woodstock est aussi annoncé comme lieu d’un événement “DIY” de type scratch-video, décrit comme un “mindmeld” où plusieurs “media freaks” locaux recomposent des images empruntées — et où le projet est explicitement rattaché au collectif / happening nommé Nos amis la TV. 4
Un article francophone du Devoir (2 décembre 1993) renforce cette lecture : la soirée “Scratch Vidéo” est présentée comme une manifestation publique de Nos amis la TV, avec une “révision iconoclaste” de moments télévisuels, et énumère des participants dont Jean-François Boucher, François Chicoine, Patrick Masbourian, Andy Mollition, Robert Morin et Vox. 5
La fréquentation importante de certaines soirées entraîne toutefois des problèmes logistiques. Une chronique de novembre 1993 décrit une situation jugée dangereuse lors d’une sortie de concert au Woodstock : des dizaines de clients sont retenus par les agents de sécurité pendant que la foule s’accumule dans un escalier étroit, en raison d’un vestiaire mal situé. Le chroniqueur évoque un risque de bousculade « potentiellement tragique » et réclame une modification immédiate de l’aménagement. 12
4. 1994 : événements communautaires et scènes mixtes
En octobre 1994, Woodstock est mentionné comme site d’un bénéfice (“Benefunk ’94”) au profit de Head & Hands, organisme connu pour offrir des services gratuits (médicaux, juridiques, counseling) aux jeunes. La notice annonce un plateau aux esthétiques multiples (funk, hip-hop, rap, reggae, acid jazz) et cite plusieurs noms, dont Trevor Reid, Human Touch, Illegal Jazz Poets (Ottawa), Shades of Culture, Babelfish, Public Enema et le N.D.G. Symphony, avec billets en prévente et à la porte. 6
Ce type d’annonce, qui mêle programmation et mission sociale, renforce l’idée d’un Woodstock utilisé comme plateforme : le lieu accueille des concerts “classiques” de bar, mais sert aussi de point d’ancrage à des événements mobilisateurs (bénéfices, initiatives de quartier, projets médiatiques). 3
La chronique de The Gazette (juillet 1994) ajoute un indice précieux : Woodstock est associé à une série liée à CKUT (“Noisy Neighbours”), et la même coupure laisse entendre une circulation d’artistes “west-end” vers le club, dans l’espoir de bâtir une série de concerts. Cela confirme un Woodstock à la fois bar de la Main et nœud de réseau (radio, scènes locales, expérimentations). 8
5. 1995 : débats sur le “pay-to-play”
En juin 1995, une longue pièce de la presse anglophone sur les relations entre groupes et salles de concert cite Woodstock dans le débat sur la pratique dite pay-to-play. Le Woodstock y est nommé comme “place” associée à ces discussions, et l’article met en scène la tension entre économie de bar, risques de soirée et conditions offertes aux musiciens. 7
Fait crucial : l’article identifie Joseph Valiquette (Woodstock) et rapporte explicitement sa volonté de ne pas être “connu comme une place pay-to-play”. Cette mention donne enfin un ancrage nominatif (gestion) dans la période active du lieu. 9
Repère citation (source 1995) : « I don’t want to be known as a pay-to-play place. »9
Dans cette lecture, Woodstock apparaît moins comme une simple adresse que comme un symptôme : celui d’une scène où les groupes émergents cherchent des scènes, où les bars cherchent la rentabilité, et où les modèles d’affaires deviennent, eux-mêmes, un sujet public. 7
À la même époque, d’autres mentions attestent la continuité de la programmation et des scènes rock/alt : par exemple la chronique sur Bif Naked qui place Woodstock dans un réseau de dates et d’artistes. 13
Enfin, les bénéfices se poursuivent : une notice de janvier 1995 associe Woodstock à un événement visant un objectif financier minimal (au profit de la Starlight Foundation), confirmant la persistance de la dimension “communautaire” jusqu’à la fin de cycle. 16
6. 1995 : fin de Woodstock et reconfiguration du lieu
En 1995, plusieurs indices pointent vers une fin de cycle : Woodstock cesse progressivement d’être mentionné comme entité autonome, tandis que l’adresse du 3781 circule dans la presse comme un local en transformation (réaménagement, nouveau projet, “brand old but totally reno’d”). 8
Un repère additionnel à la fin de 1995 mentionne explicitement un espace “Woodstock” décrit comme rénové et réinvesti dans le cadre d’une programmation rock (ex. soirées avec Tinker et Stellar Dweller). 9
Transition Le basculement est aussi documenté en français : La Presse (21 septembre 1995) annonce « Le Woodstock est mort, vive le Silver ! », décrivant un rebranding explicite du local (nouveau nom, nouveau positionnement, nouvelle esthétique). 14
Enfin, la reconfiguration “post-Woodstock” est éclairée par la brève « Woodstock revisited » (The Gazette, 30 novembre 1995), qui parle du local “once occupied by Woodstock” et nomme Patrick Mercier comme co-owner d’un projet s’inscrivant dans la rénovation et l’investissement (repère de transformation de l’espace et de sa logique d’exploitation). 15
Même sans disposer ici d’un acte d’ouverture/fermeture officiel, l’ensemble des coupures permet d’avancer une lecture prudente : Woodstock se documente comme salle active au moins entre 1993 et 1995, puis comme nom d’un “espace” dont l’occupation et l’identité changent rapidement. 8, 9, 14, 15
7. Notes & sources (ULTRA DÉTAILLÉES — format MCPA)
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Corpus Woodstock (repérage) — 1993–1995
Journaux : The Gazette, Le Devoir, La Presse (rubriques sorties/culture/rock).
Objet : attestations récurrentes de Woodstock à l’adresse 3781 St-Laurent, profil bar/salle (rock/alt), bénéfices, événements DIY/médias, et transition (1995) vers rebranding/reconfiguration.
Usage MCPA : charpente documentaire; justification du résumé d’introduction (“bar de la Main”, “réseaux alternatifs”, “communautaire”, “pay-to-play”). -
The Gazette, jeudi 16 septembre 1993, p. 12 (rubrique sorties/annonces).
Contenu : notice listant des spectacles à venir; mention de Love Battery et Tinker au Woodstock (3781 St. Laurent Blvd.); prix annoncé 5 $.
Usage MCPA : preuve d’activité (1993); Woodstock dans un réseau de salles “alt/rock” à faible coût; confirmation adresse officielle utilisée dans la presse. -
The Gazette, dimanche 12 décembre 1993, p. 2 (brève “benefit”).
Contenu : concert-bénéfice pour la Share the Warmth Foundation au Bar Woodstock, annoncé de 18 h à minuit; admission 5 $; dons de denrées sèches encouragés; artistes cités : Mack Mackenzie, Three O’Clock Train, Jerry Jerry, Titanic.
Usage MCPA : Woodstock comme lieu caritatif; ancrage concret (horaire, prix, participants). -
The Gazette, vendredi 26 novembre 1993, p. 40 (annonce DIY).
Contenu : “scratch-video mindmeld” au Woodstock (3781 St. Laurent Blvd.), 2 décembre à 20 h; six participants décrits comme “local media freaks” recomposant des “borrowed images”; projet nommé Nos Amis la TV; participants listés : Patrick Masbourian, Jean-François Boucher, François Chicoine, Andy Mollition, Robert Morin, Vox.
Usage MCPA : preuve directe de l’ouverture aux pratiques audiovisuelles expérimentales; date/heure précises. -
Le Devoir, jeudi 2 décembre 1993, p. 16, article « Scratch Vidéo ».
Contenu : “première manifestation publique” de Nos amis la TV; “ce soir à 20 h” au Bar Woodstock, 3781 boul. Saint-Laurent; décrit une “révision iconoclaste” de la télévision; participants cités identiques (Boucher, Chicoine, Masbourian, Mollition, Morin, Vox).
Usage MCPA : validation francophone; ancrage discursif (iconoclasme / critique des images) confirmant l’identité hybride du Woodstock. -
The Gazette, vendredi 28 octobre 1994, p. 46 (annonce “benefit”).
Contenu : annonce du concert « Benefunk ’94 » (10 nov.) au Woodstock, 3781 St. Laurent Blvd. au profit de Head & Hands; services mentionnés (médical, légal, counselling); artistes listés : Trevor Reid, Human Touch, Illegal Jazz Poets (Ottawa), Shades of Culture, Babelfish, Public Enema, N.D.G. Symphony; styles listés (funk, hip-hop, rap, reggae, acid jazz); billets : 5 $ prévente, 6 $ porte; info : 481-0277.
Usage MCPA : preuve “Woodstock = plateforme communautaire”; diversité stylistique documentée + paramètres de billetterie. -
The Gazette, samedi 30 avril 1994, p. 35,
Brendan Kelly, “Special to The Gazette”, article « Japan’s Shonen Knife is on pop punk’s cutting edge ».
Contenu : contextualise Shonen Knife (tournée, esthétique pop/punk); encadré d’annonce indiquant : concert à Woodstock, 3781 St. Laurent Blvd. (jour indiqué dans l’encadré), acte d’ouverture The Dentists; prix 8,99 $ + taxes/frais; billets via le réseau (Admission).
Usage MCPA : preuve “escale de tournée internationale” + détails opérationnels (opening act, prix, réseau de billetterie). -
The Gazette, vendredi 22 juillet 1994, p. 32,
chronique signée Mark LePage (rubrique rock).
Contenu : mention de la série CKUT’s Noisy Neighbours “makes a jazzy din at Woodstock” (jour indiqué), avec description stylistique (allusions jazz/free/impro); la même coupure situe Woodstock (3781 St. Laurent Blvd.) dans la circulation de groupes locaux (ou “west-end bands”) et l’idée d’une série de concerts.
Usage MCPA : preuve de liens entre radio/programmation et salle; confirme l’ouverture stylistique au-delà du rock/alt. -
The Gazette, samedi 10 juin 1995, p. 33,
article « I don’t see why bands should pay » (dossier sur le pay-to-play).
Contenu : Woodstock cité comme un des principaux “outlets” de la Main pour underground/indie/alt-rock; identification nominative : Joseph Valiquette (Woodstock) et prise de position anti pay-to-play (citation rapportée). Discussion des coûts/risques (bar staff, son, sécurité, électricité) et de la tension économique bars vs groupes émergents.
Usage MCPA : (1) source structurante pour le chapitre “pay-to-play”, (2) preuve rare d’un nom lié au Woodstock en période active, (3) justification de l’ajout “gestion (attestée)” dans l’infobox. -
The Gazette, mardi 5 octobre 1993, p. 48,
article « Radiohead hits Woodstock club next month ».
Contenu : annonce du concert de Radiohead au Woodstock le 2 novembre 1993; mention du simple Creep en rotation sur MusiquePlus; billets 11,50 $.
Usage MCPA : attestation de la date; preuve de la circulation transatlantique (UK) via un club de la Main; détails de billetterie. -
The Gazette, jeudi 4 novembre 1993, p. 45–47 (chronique « Rock Talk »).
Contenu : confirmation du concert de Radiohead au Woodstock; commentaire de réception (formule citée dans la fiche).
Usage MCPA : preuve qualitative (réception / intensité / salle pleine) — utile pour caractériser Woodstock comme “vraie escale” et pas seulement une annonce. -
The Gazette, jeudi 4 novembre 1993, p. 47,
chronique « Change coat check ».
Contenu : critique d’un enjeu de sécurité/logistique (vestiaire mal situé; foule retenue; escalier étroit; risque de bousculade qualifié de “potentially tragic”); demande de correction immédiate.
Usage MCPA : documente les limites physiques du lieu et la matérialité de l’expérience (crowd flow / aménagement). -
The Gazette, jeudi 9 mars 1995, p. 10,
Mark LePage, “Gazette Rock Critic”, article « Bif Naked makes things buzz ».
Contenu : place Woodstock (3781 St. Laurent Blvd.) dans une circulation de dates/soirées rock; annonce intégrée au texte (programmation et contexte “buzz”).
Usage MCPA : confirme l’activité continue en 1995 et la présence du Woodstock dans la presse rock “auteur”. -
La Presse, jeudi 21 septembre 1995, cahier D,
Marc Cassivi, article « En noir et argent ».
Contenu : annonce explicite : « Le Woodstock est mort, vive le Silver ! »; description d’un rebranding (nom Silver, positionnement, esthétique, logique de clientèle/soirées).
Usage MCPA : acte francophone de transition; preuve claire de “fin Woodstock” + identification du successeur direct. -
The Gazette, jeudi 30 novembre 1995, brève « Woodstock revisited ».
Contenu : mention du local “once occupied by Woodstock” au 3781 St. Laurent Blvd.; citation d’un co-owner Patrick Mercier; texte associé à une phase d’investissement/rénovation et à la reconfiguration (Woodstock comme “ère” antérieure / repère mémoriel).
Usage MCPA : Patrick Mercier documenté comme acteur post-Woodstock (reconfiguration du lieu), et non comme “propriétaire du Woodstock 1993–1995”. -
The Gazette, vendredi 20 janvier 1995, p. 40 (encadré/notice “Pop Music” — benefit).
Contenu : mention d’un événement-bénéfice associé à Woodstock visant un objectif minimal (au profit de la Starlight Foundation — organisme lié à l’aide aux enfants gravement malades); ancrage du lieu comme plateforme de levée de fonds au cœur de la scène.
Usage MCPA : renforce la continuité “communautaire” jusqu’en 1995; utile pour relier Woodstock aux bénéfices (Share the Warmth / Head & Hands / Starlight).























