Mechanics’ Hall (Montréal)
Inauguré en 1855 au sein du Mechanics’ Institute of Montreal, le Mechanics’ Hall devient l’un des principaux centres culturels montréalais de la seconde moitié du XIXe siècle. Située à l’angle des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre, sa grande salle accueille conférences, concerts, démonstrations scientifiques, spectacles de magie et, plus tard, différentes formes de divertissement populaire.
1. Présentation
Le Mechanics’ Hall constitue l’une des grandes salles polyvalentes qui marquent la transformation de la vie culturelle montréalaise au milieu du XIXe siècle. Il occupe le deuxième étage du nouvel édifice du Mechanics’ Institute of Montreal, à l’angle de Great St. James Street et St. Peter Street, aujourd’hui les rues Saint-Jacques et Saint-Pierre.
Contrairement au Théâtre Royal, il ne s’agit pas principalement d’un théâtre. Le Mechanics’ Hall est conçu comme une grande salle publique associée aux activités éducatives du Mechanics’ Institute : conférences, démonstrations, réunions et manifestations culturelles.
Sa polyvalence en fait cependant rapidement un lieu important pour la musique et le spectacle. Des concerts, spectacles de magie et, plus tard, des productions de vaudeville et de minstrelsy s’ajoutent à sa programmation.
2. Le Mechanics’ Institute of Montreal
Le Mechanics’ Institute s’inscrit dans un mouvement international d’institutions destinées à favoriser l’éducation des artisans, ouvriers et apprentis. Ces organismes proposent des bibliothèques, cours, conférences et activités permettant de diffuser les connaissances scientifiques et techniques auprès d’un public qui n’a pas nécessairement accès aux établissements d’enseignement traditionnels.
À Montréal, l’institution développe notamment des cours de lecture, d’écriture, d’arithmétique, de français et de dessin architectural, mécanique et ornemental. Elle constitue l’une des premières expériences organisées d’éducation des adultes au Canada.
Le Mechanics’ Institute est officiellement incorporé en 1845. À mesure que ses activités se développent, l’organisme cherche à posséder son propre édifice, comprenant une bibliothèque, des salles d’enseignement et une grande salle publique.
3. La construction du Mechanics’ Hall
Au milieu des années 1850, le Mechanics’ Institute fait construire son propre édifice au cœur du quartier commercial de Montréal, à l’angle de Great St. James Street et St. Peter Street.
La nouvelle construction comprend notamment une bibliothèque, une salle de lecture et un vaste auditorium destiné aux conférences et aux manifestations publiques.
Le 21 mai 1855, le nouveau Mechanics’ Hall est officiellement inauguré. Le juge Thomas Cushing Aylwin prononce une adresse inaugurale à l’occasion de l’ouverture.
Un témoignage architectural du XIXe siècle décrit l’édifice comme une construction de style italien, composée de trois divisions, avec une partie centrale dotée d’un portique et de colonnes.
Précision historique
1854 ou 1855?
Certaines sources modernes associent la construction du bâtiment à 1854. La documentation contemporaine permet cependant de situer l’inauguration officielle du nouveau Mechanics’ Hall au 21 mai 1855.
Pour une chronologie MCPA, 1855 constitue donc la date la plus prudente à utiliser comme année d’ouverture de la salle.
4. Un nouveau centre culturel montréalais
L’ouverture du Mechanics’ Hall correspond à une transformation importante de la géographie culturelle de Montréal. Durant la première moitié du XIXe siècle, les spectacles et concerts sont souvent présentés dans des théâtres, hôtels ou salles temporairement aménagées.
À partir des années 1850, de grandes salles publiques polyvalentes occupent une place croissante. Le City Concert Hall du marché Bonsecours, le Mechanics’ Hall et, quelques années plus tard, le Nordheimer Hall offrent de nouveaux espaces pour les concerts, conférences et manifestations publiques.
Le Mechanics’ Hall devient rapidement l’un des principaux centres culturels de Montréal et conserve cette importance pendant plusieurs décennies.
5. La musique et les concerts
La musique occupe une place particulièrement importante dans l’histoire du Mechanics’ Hall. La salle accueille des artistes locaux, canadiens et internationaux et contribue à l'établissement d'une véritable culture du concert à Montréal.
L’un des épisodes les plus remarquables survient en 1855, lorsque la cantatrice afro-américaine Elizabeth Taylor Greenfield, surnommée la « Black Swan », se produit à Montréal. Ses concerts au Mechanics’ Hall attirent des salles combles.
En 1856, une enfant montréalaise de huit ans, Emma Lajeunesse, future Emma Albani, s’y produit. Elle deviendra quelques années plus tard l’une des cantatrices canadiennes les plus célèbres du XIXe siècle.
Le violoniste belge Frantz Jehin-Prume, qui s’établira ensuite à Montréal, se produit également au Mechanics’ Hall dans les années 1860. Le compositeur et musicien Calixa Lavallée, futur compositeur de la musique de Ô Canada, y apparaît lui aussi.
1856
La future Emma Albani au Mechanics’ Hall
À seulement huit ans, Emma Lajeunesse se produit au Mechanics’ Hall. Connue plus tard sous le nom d’Emma Albani, elle connaîtra une carrière internationale exceptionnelle et deviendra l’une des grandes figures canadiennes du chant lyrique au XIXe siècle.
6. Magie, vaudeville et divertissement populaire
Le Mechanics’ Hall ne se limite pas aux conférences et à la musique. La salle accueille également des spectacles de magie et des démonstrations destinées au grand public.
Des conférenciers et démonstrateurs scientifiques de passage à Montréal y présentent leurs expériences, contribuant à brouiller les frontières entre éducation scientifique, curiosité populaire et spectacle.
Dans les années 1870, la programmation s’élargit encore. Le Mechanics’ Hall accueille notamment du vaudeville ainsi que des minstrel shows, forme de divertissement alors très répandue en Amérique du Nord et aujourd’hui reconnue pour ses représentations racistes des personnes noires.
Cette diversité témoigne du caractère fondamentalement polyvalent de la salle : le même auditorium peut accueillir un récital, une conférence scientifique, un spectacle de magie, une réunion publique ou une production de divertissement populaire.
7. Le déplacement de la vie culturelle montréalaise
À la fin du XIXe siècle, la géographie culturelle de Montréal commence progressivement à se déplacer hors du vieux quartier commercial. De nouvelles salles apparaissent plus au nord et à l’ouest, notamment autour des grands axes de développement de la ville.
Le Mechanics’ Hall continue néanmoins d’être utilisé. Les annuaires montréalais de la fin du XIXe siècle le mentionnent encore parmi les principaux édifices publics de Montréal.
L’Institut poursuit parallèlement ses activités de bibliothèque et de lecture, qui deviennent progressivement au cœur de sa mission.
8. Le déménagement et la disparition de l’édifice
Au début du XXe siècle, le secteur de la rue Saint-Jacques est devenu le centre financier de Montréal. La valeur des terrains augmente considérablement et plusieurs grandes institutions bancaires s'y installent.
À partir de 1910, l’idée de vendre l’ancien Mechanics’ Institute et de déplacer l’organisme vers les nouveaux quartiers résidentiels gagne du terrain.
L’Institut choisit finalement un emplacement à l’angle des avenues Atwater et Tupper. La construction du nouvel édifice commence en 1918 et s’achève en 1920.
L’ancien bâtiment de la rue Saint-Jacques disparaît par la suite. Entre 1920 et 1926, la Banque Royale acquiert progressivement les immeubles du quadrilatère formé par les rues Saint-Jacques, Saint-Pierre, Notre-Dame et Dollard. Les bâtiments existants, dont l’ancien Mechanics’ Institute, sont démolis afin de permettre la construction du nouveau siège social de la banque.
L’institution issue du Mechanics’ Institute poursuit toutefois son existence : elle est aujourd’hui connue sous le nom de Bibliothèque Atwater.
9. Importance historique
Le Mechanics’ Hall représente une étape importante dans l’évolution des lieux de spectacle montréalais. Il témoigne du passage d’une culture largement concentrée dans les théâtres et les hôtels vers un réseau plus diversifié de grandes salles publiques.
Son rôle est particulièrement important dans l’histoire musicale de Montréal. Avant l’apparition de grandes salles de concerts spécialisées, le Mechanics’ Hall offre aux musiciens et chanteurs un auditorium permanent capable d’accueillir un véritable public de concert.
Mais son importance dépasse la musique. Pendant plusieurs décennies, la salle réunit dans un même espace éducation populaire, sciences, conférences, musique et divertissement.
Classification MCPA
Le Mechanics’ Hall était-il un théâtre?
Pas au sens strict. Contrairement au Théâtre Royal, le Mechanics’ Hall n’est pas conçu principalement pour présenter des productions théâtrales.
Il s’agit plutôt d’une grande salle publique polyvalente qui accueille concerts, conférences et spectacles. Pour l’histoire des lieux de spectacle montréalais, cette distinction est importante : le Mechanics’ Hall appartient davantage à l’histoire des auditoriums et salles de concerts qu’à celle des théâtres proprement dits.
10. Chronologie
- 1828 — Premières origines du mouvement qui mène au Mechanics’ Institute of Montreal.
- 1845 — Incorporation officielle du Mechanics’ Institute of Montreal.
- 1854 — Construction du nouvel édifice à l’angle de Great St. James et St. Peter.
- 21 mai 1855 — Inauguration officielle du nouveau Mechanics’ Hall.
- 1855 — Elizabeth Taylor Greenfield se produit au Mechanics’ Hall.
- 1856 — Emma Lajeunesse, future Emma Albani, s’y produit alors qu’elle n’a que huit ans.
- Années 1860 — Frantz Jehin-Prume et Calixa Lavallée figurent parmi les musiciens associés à la salle.
- Années 1870 — Le Mechanics’ Hall accueille également vaudeville et minstrel shows.
- Fin du XIXe siècle — La salle demeure l’un des édifices culturels et publics importants du centre de Montréal.
- 1910–1920 — Le Mechanics’ Institute prépare son déménagement vers Atwater et Tupper.
- 1920 — Installation de l’Institut dans son nouvel édifice.
- Années 1920 — L’ancien édifice de la rue Saint-Jacques est démoli dans le cadre du réaménagement du secteur par la Banque Royale.
11. Notes & sources
-
MECHANICS’ INSTITUTE OF MONTREAL.
Report of the General Committee of the Mechanics’ Institute of Montreal, to the members, at the annual general meeting, 6th November, 1854, Montréal, 1855. -
AYLWIN, THOMAS CUSHING.
Inaugural address delivered by His Honor Mr. Justice Aylwin on the occasion of the opening of the new Mechanics Hall, on the 21st May, 1855, Montréal, 1855. -
ATWATER LIBRARY AND COMPUTER CENTRE.
Historique du Mechanics’ Institute of Montreal. Documentation consacrée à l’histoire de l’institution, à son programme éducatif et à son déménagement vers Atwater. -
McCORD STEWART MUSEUM.
Documentation historique et iconographique du Mechanics’ Hall et du Mechanics’ Institute de la rue Saint-Jacques. -
LIBRARY AND ARCHIVES CANADA.
Fonds Frantz Jehin-Prume. Documentation concernant les concerts montréalais du violoniste, notamment au Mechanics’ Hall. -
RÉPERTOIRE DU PATRIMOINE CULTUREL DU QUÉBEC.
Édifice de la Banque Royale. Historique du quadrilatère et de la démolition de l’ancien Mechanics’ Institute lors de la construction du siège social de la Banque Royale.