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TraXide / Fattal

Caché pendant plus d'une décennie dans le complexe alternatif Fattal de Saint-Henri, le TraXide fut l'un des lieux les plus singuliers de la scène punk, hardcore et métal underground montréalaise. Salle DIY, espace communautaire et point de rencontre transmis essentiellement par bouche-à-oreille, le TraXide représentait une forme de culture musicale existant largement en marge du circuit traditionnel des salles de spectacles.

1. Présentation

L'histoire du TraXide est difficile à raconter comme celle d'une salle de spectacles conventionnelle. Pendant des années, son adresse n'est pratiquement jamais publiée. Il n'existe pas de billetterie traditionnelle, peu de signalisation et aucune volonté particulière de rendre le lieu facilement identifiable pour le grand public.

Pourtant, dans les réseaux punk, hardcore et métal underground, le nom devient largement connu. Des groupes locaux y jouent aux côtés de formations provenant du reste du Canada, des États-Unis et d'ailleurs. Des musiciens, artistes, punks montréalais et voyageurs de passage s'y rencontrent.

Pour comprendre le TraXide, il faut toutefois commencer par distinguer deux choses souvent confondues : Fattal n'est pas simplement l'ancien nom du TraXide. Fattal désigne le complexe et la communauté dans lesquels la salle s'est développée. Le TraXide est l'un des espaces culturels issus de cet environnement.

2. Fattal : une communauté avant une salle

Dans Saint-Henri, à proximité immédiate des voies ferrées, un ancien ensemble industriel associé à Jenkins Brothers Ltd. devient au fil du temps un environnement de lofts, d'ateliers et d'espaces occupés par une communauté alternative.

Connu sous le nom de Fattal, le complexe rassemble notamment des musiciens, artistes underground, graffeurs et voyageurs. Des espaces résidentiels côtoient des ateliers, locaux de pratique et différentes initiatives communautaires.

Cette organisation informelle favorise une culture fondée sur la débrouillardise et l'autogestion. Dans un environnement où les ressources financières sont souvent limitées, les résidents construisent eux-mêmes une partie des services et des espaces dont ils ont besoin.

C'est dans ce contexte que naît une petite salle destinée aux groupes qui disposent de peu d'endroits où jouer à Montréal : le TraXide.

3. La naissance du TraXide

La salle apparaît autour de 2010. Son nom constitue lui-même une référence directe à son environnement : TraXide évoque sa situation près des voies ferrées qui longent le complexe.

À ses débuts, le lieu répond avant tout à un besoin très simple : permettre à des groupes underground de répéter, de se produire et d'organiser eux-mêmes leurs concerts sans devoir passer par les structures habituelles de l'industrie du spectacle.

Avec le temps, le TraXide devient beaucoup plus qu'un simple local de répétition transformé en salle. Des dizaines de concerts peuvent y être organisés chaque année et son nom commence à circuler bien au-delà de Saint-Henri.

Sa réputation repose précisément sur ce que les salles conventionnelles cherchent généralement à éliminer : l'improvisation, la proximité, l'imperfection et une certaine absence de séparation entre artistes, organisateurs et public.

4. « Demandez à un punk »

L'une des caractéristiques les plus mémorables du TraXide est son adresse. Pendant des années, celle-ci n'est volontairement pas diffusée publiquement avec les annonces de concerts.

À sa place apparaît une instruction devenue presque une devise : « Ask a punk » — « Demandez à un punk ».

Pour assister à un spectacle, il faut connaître quelqu'un, contacter les organisateurs ou demander l'information à une personne déjà liée à la scène. L'accès au lieu repose donc largement sur les réseaux humains qui constituent la communauté.

Encore en 2024, des annonces de concerts indiquent explicitement « ASK A PUNK FOR ADDRESS OR DM », accompagnées de mentions comme BYOB et d'un prix d'entrée payé à la porte.

Une adresse transmise oralement

Ask a punk

Dans une époque où presque tous les lieux peuvent être trouvés instantanément sur une carte numérique, le TraXide conserve quelque chose de beaucoup plus ancien : pour trouver la salle, il faut connaître la communauté. L'adresse elle-même devient ainsi une partie de l'identité du lieu.

5. L'expérience TraXide

Le TraXide n'a jamais cherché à reproduire l'expérience d'une salle professionnelle. Petit, compact et rudimentaire, le lieu place le public presque directement au contact des musiciens.

L'espace est BYOB. Les concerts sont bruyants, la salle peut devenir extrêmement chaude et l'atmosphère est volontairement informelle. Dans un reportage consacré au Fattal, Jennifer Bobette décrit une petite salle familiale, compacte, enfumée et marquée par l'odeur de sueur — caractéristiques qu'elle évoque précisément comme faisant partie de son charme.

Il existe peu de frontière entre la scène et la communauté. Les personnes présentes peuvent être simultanément musiciens, spectateurs, organisateurs, techniciens, artistes ou résidents du complexe.

Cette proximité contribue à faire du TraXide une expérience difficilement reproductible dans une salle commerciale.

6. Punk, hardcore, métal et au-delà

Le TraXide est principalement associé au punk, hardcore, crust, métal et anarcho-punk, mais sa programmation dépasse régulièrement ces catégories.

Des groupes montréalais comme Ripcordz et Metalian y jouent, tandis que le lieu accueille également des formations provenant de l'extérieur du Québec.

Parmi les groupes internationaux documentés figurent notamment les Américains Days N' Daze et le groupe anarcho-punk écossais Oi Polloi.

Les archives d'événements témoignent également d'une activité particulièrement soutenue. Au-delà des concerts punk et métal, le TraXide accueille des soirées de poésie, des événements bénéfices, des activités liées aux zines et même des soirées mêlant différentes cultures musicales.

Cette ouverture correspond à la logique du lieu : davantage qu'une programmation définie par un genre précis, le TraXide offre une scène à des projets qui trouvent difficilement leur place ailleurs.

7. Plus qu'une salle de spectacles

La véritable importance du TraXide ne se mesure pas seulement au nombre de concerts qui y ont été présentés.

Le lieu sert de point de rencontre, de local de répétition, de réseau d'entraide et de halte pour des personnes liées aux scènes underground montréalaises et nord-américaines.

Des visiteurs provenant du Canada, des États-Unis et du Mexique passent par Fattal. Certains sont musiciens, d'autres voyageurs ou membres de différentes communautés punk.

Pour plusieurs groupes émergents, le TraXide représente surtout quelque chose de fondamental : un endroit où jouer. Dans une ville où les petites salles apparaissent et disparaissent constamment, cette fonction suffit à donner au lieu une importance particulière.

Paul Gott — Ripcordz

Un repère de l'underground

Paul Gott des Ripcordz a décrit le lieu comme l'« ultime scène punk/métal underground », une formule qui résume bien la place particulière occupée par le TraXide dans l'imaginaire de la scène montréalaise.

8. Une organisation DIY

Le fonctionnement du TraXide évolue avec les années. À une première structure davantage centralisée succède éventuellement un modèle plus collectif.

À la fin des années 2010, des personnes impliquées dans la salle décrivent une organisation fonctionnant davantage selon un modèle coopératif, avec des réunions d'équipe et une prise de décision collective.

Plusieurs femmes participent alors directement à la gestion de l'espace. L'inclusivité, la sécurité de la communauté et la responsabilisation deviennent des préoccupations explicitement exprimées par les personnes qui l'administrent.

Comme plusieurs espaces DIY, le TraXide demeure toutefois un projet en évolution constante, dépendant largement du travail bénévole ou communautaire et des personnes qui acceptent temporairement d'en assurer le fonctionnement.

9. Fattal Fest

L'expression la plus spectaculaire de cette communauté est probablement le Fattal Fest.

Pendant huit ans, le stationnement intérieur du complexe accueille un festival de musique gratuit organisé selon les mêmes principes DIY que le TraXide.

L'événement rassemble des groupes associés à la communauté et aurait pu attirer jusqu'à 1 000 personnes lors de certaines éditions.

Le festival montre que Fattal dépasse largement la simple existence d'une petite salle. Pendant quelques heures, une enclave industrielle de Saint-Henri devient un véritable espace collectif consacré à la musique underground.

10. La rupture de 2024

L'histoire du TraXide connaît un tournant important à l'été 2024.

Le 27 juillet 2024, Le Canal Auditif rapporte que les concerts prévus au TraXide sont temporairement annulés. Des personnes proches de l'organisation expliquent alors vouloir procéder à des changements afin d'assurer la pérennité du lieu et de maintenir un environnement sécuritaire pour la communauté.

Cette période est accompagnée de conflits internes et d'allégations visant certaines personnes associées à des administrations antérieures. Comme plusieurs de ces informations proviennent de déclarations communautaires et de publications sur les réseaux sociaux, elles doivent être distinguées des faits établis indépendamment.

Ce qui est certain est que le TraXide tel qu'il avait fonctionné jusque-là entre dans une période de profonde réorganisation.

11. La Biu : repartir autrement

Une nouvelle équipe prend éventuellement en charge l'espace. Le 17 décembre 2024, elle publie une déclaration présentant les principes qui doivent guider la prochaine incarnation du lieu.

Le message insiste sur l'intégrité, l'inclusivité, la responsabilité collective et la volonté de créer un espace sécuritaire.

La nouvelle administration souhaite également dépasser la seule fonction de salle de spectacles. Le projet doit pouvoir accueillir des activités communautaires, de l'activisme, des ateliers et des journées consacrées aux artisans.

La déclaration reconnaît également le manque de transparence entourant la transition et affirme explicitement que la nouvelle équipe n'est pas affiliée à l'ancienne gestion.

Le 31 décembre 2024, lors d'une soirée réunissant notamment Sale Gauloise, Doomsday Dementia, Motorwolf et Out of Order, l'espace adopte officiellement un nouveau nom : La Biu.

17 décembre 2024

Un centre sous-culturel underground

La nouvelle équipe présente La Biu non seulement comme une salle de concerts, mais comme un projet destiné à devenir un véritable centre sous-culturel underground où la communauté peut participer directement à l'évolution du lieu.

12. Thrash Can

L'identité La Biu est de courte durée.

Le 8 mai 2025, l'espace est de nouveau rebaptisé et prend le nom de Thrash Can. Malgré les changements de nom et d'administration, plusieurs membres de la communauté continuent spontanément à désigner l'endroit comme le TraXide.

La continuité est révélatrice : le nom TraXide est devenu davantage qu'une simple enseigne. Pour une partie de la scène, il désigne l'endroit lui-même, son atmosphère et les souvenirs accumulés pendant plus d'une décennie.

Des événements continuent d'être associés au lieu après le changement de nom, témoignant de la persistance de cette culture DIY malgré les transformations administratives.

En mai 2026, des témoignages communautaires font état d'une intervention policière et d'une interruption des activités de Thrash Can. En l'absence, pour l'instant, d'une documentation officielle ou journalistique suffisamment précise sur les circonstances, cet épisode demeure à confirmer avant d'être intégré définitivement à la chronologie historique du lieu.

13. L'héritage du TraXide

L'histoire du TraXide rappelle que l'importance culturelle d'une salle ne dépend ni de sa capacité, ni de son architecture, ni de sa reconnaissance institutionnelle.

Le lieu n'a jamais possédé le prestige des grandes salles montréalaises. Son adresse elle-même était difficile à obtenir. Pourtant, pendant plus d'une décennie, des centaines de groupes et des milliers de spectateurs ont participé à une culture musicale qui aurait été différente sans cet espace.

Sa contribution tient précisément à sa marginalité. Le TraXide permettait à des groupes émergents de jouer, à des tournées underground de s'arrêter à Montréal et à une communauté de se retrouver sans devoir nécessairement passer par les structures commerciales traditionnelles.

Les noms ont changé — TraXide, La Biu, Thrash Can — mais ils appartiennent à une même histoire plus vaste : celle de Fattal et de la capacité d'une communauté à fabriquer elle-même les espaces culturels dont elle a besoin.

Une autre histoire des salles de Montréal

Documenter ce qui laisse peu de traces

Les salles DIY sont parmi les lieux les plus difficiles à documenter. Elles existent parfois sans adresse publique, sans billetterie officielle et avec très peu d'archives institutionnelles. Leur histoire subsiste surtout dans les affiches, les photographies, les témoignages et les souvenirs de ceux qui les ont fréquentées. Le TraXide illustre précisément pourquoi ces traces méritent d'être conservées.

14. Chronologie

Avant le TraXide — L'ancien complexe industriel associé à Jenkins Brothers Ltd. devient progressivement un ensemble de lofts, ateliers et espaces communautaires connu sous le nom de Fattal.

Vers 2010 — Apparition du TraXide au sein du complexe Fattal.

Années 2010 — Multiplication des concerts punk, hardcore et métal. La salle devient un point de passage important de la scène underground montréalaise.

Années 2010 — Développement d'un modèle de gestion davantage coopératif et communautaire.

Pendant huit ans — Organisation du Fattal Fest dans le stationnement du complexe.

2023–2024 — Activité particulièrement soutenue : concerts DIY, événements bénéfices, poésie, zines et programmation punk, hardcore et métal.

27 juillet 2024 — Suspension temporaire annoncée des concerts dans un contexte de réorganisation interne.

17 décembre 2024 — La nouvelle administration publie une déclaration présentant ses valeurs et son projet communautaire.

31 décembre 2024 — L'espace prend le nom La Biu.

8 mai 2025 — La Biu devient Thrash Can.

2025–2026 — Des concerts continuent d'être associés au lieu sous sa nouvelle identité.

Mai 2026 — Des témoignages communautaires font état d'une intervention policière et d'une interruption des activités; les circonstances exactes restent à documenter.

15. Notes & sources

  1. URBANIA, « L'usine à punk du Fattal ».
    Usage MCPA : communauté Fattal, ancien complexe industriel, origine du nom TraXide, fonctionnement de la salle, gouvernance communautaire, artistes et Fattal Fest.
  2. LE CANAL AUDITIF — Louis-Philippe Labrèche, « Le TraXide fermé de manière temporaire », 27 juillet 2024.
    Usage MCPA : suspension des concerts et réorganisation de l'été 2024.
  3. MONTREAL ASK A PUNK, archives de concerts du TraXide.
    Usage MCPA : programmation, prix d'entrée, formule BYOB et tradition « Ask a punk for address ».
  4. LE BAD CREW, documentation de concerts au TraXide.
    Usage MCPA : témoignages sur l'expérience du lieu, programmation et environnement du complexe.
  5. LA BIU, déclaration publique du 17 décembre 2024.
    Usage MCPA : nouvelle administration, rupture avec la gestion précédente, valeurs d'inclusivité, responsabilité communautaire, ateliers, activisme et projet de centre sous-culturel underground.
  6. LA BIU / THRASH CAN, annonces et publications sur les réseaux sociaux, décembre 2024 – mai 2025.
    Usage MCPA : changements de nom et continuité des activités.
  7. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, collection TraXide / Fattal / La Biu / Thrash Can.
    Usage MCPA : affiches, chronologie, artistes, témoignages et documentation iconographique.

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